Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Ibn al-ʿArabî a dit :
Le miḥrâb – l’oratoire surélevé – de Dâwûd, sur lui la paix, était d’un accès pratiquement impossible en raison de sa hauteur ; nul être humain ne pouvait l’atteindre par quelque stratagème que ce fût, si ce n’est après y avoir travaillé des jours, voire des mois, selon ses capacités, avec l’aide d’un grand nombre d’assistants et au moyen d’une variété d’engins et d’outils.

Si l’on prétendait que l’on pouvait y parvenir par la porte même du miḥrâb, jamais Allah – Très-Haut soit-Il – n’aurait relaté en ces termes : « ils escaladèrent le miḥrâb ». On ne dit pas d’un miḥrâb ou d’une chambre qu’on l’« escalade » quand on y accède par son escalier et qu’on y entre depuis le bas ; un tel emploi ne serait alors qu’une métaphore. Or, si tu observes l’étroite lucarne par laquelle, dit-on, les deux plaideurs pénétrèrent, tu sauras avec certitude qu’ils n’auraient pu le faire ; elle est placée si haut que seul un être déjà situé en hauteur pourrait l’atteindre.

Ath-Thaʿlabî rapporte qu’il a été dit : les deux hommes qui escaladèrent étaient deux frères, issus d’un même père et d’une même mère parmi les Banî Isrâ’îl. Quand Dâwûd eut rendu entre eux un jugement, un ange lui dit : « N’aurais-tu pas dû appliquer ce jugement à toi-même, ô Dâwûd ? » Ath-Thaʿlabî poursuit : la première opinion est la meilleure, à savoir qu’ils étaient deux anges venus rappeler à Dâwûd ce qu’il avait fait. – Et j’ajoute : c’est là l’avis de la majorité des exégètes.

Si l’on objecte : « Comment les deux anges ont-ils pu dire : “Nous sommes deux plaideurs, l’un de nous a fait tort à l’autre”, alors qu’un tel propos serait mensonger, et que les anges sont préservés du mensonge ? » – la réponse est qu’il faut ici sous-entendre une formulation : c’est comme s’ils avaient dit : « Nous nous présentons à toi tels deux plaideurs, l’un ayant lésé l’autre ; juge donc entre nous avec équité. » Ainsi s’explique également leur parole : « Celui-ci est mon frère ; il possède quatre-vingt-dix-neuf brebis ». Bien que l’énoncé prenne la forme de l’information, il doit être compris à titre hypothétique, afin d’attirer l’attention de Dâwûd sur l’acte qu’il avait commis. Allah est plus Savant.

Quatrièmement, si l’on demande : « Pourquoi Dâwûd fut-il saisi de crainte alors qu’il était Prophète ? Son âme n’était-elle pas affermie par la prophétie, rassérénée par la Révélation, confiante dans la place qu’Allah lui avait accordée ? Ne voyait-il pas les signes manifestes apparaître par ses mains ? N’était-il pas, en matière de bravoure, à un degré éminent ? » – on répondra : tel a toujours été l’état des prophètes avant lui ; ils ne se jugeaient jamais à l’abri d’être tués ou molestés, et certaines situations leur inspiraient la crainte. Ne vois-tu pas comment Mûsâ et Hârûn, sur eux la paix, dirent : « Nous redoutons qu’il (Pharaon) ne s’empresse contre nous ou qu’il ne transgresse », et qu’Allah – Puissant et Majestueux – leur dit : « Ne craignez point » ? De même, les anges dirent à Lûṭ : « Ne crains pas ! Nous sommes les messagers de ton Seigneur ; ils ne pourront rien contre toi. » De la même manière, les deux anges ici dirent : « Ne crains point. »

Muḥammad ibn Isḥâq rapporte : Allah envoya à Dâwûd deux anges qui vinrent se disputer devant lui, alors qu’il se trouvait dans son miḥrâb – parabole qu’Allah dressa pour lui et pour Uriah. Il les aperçut debout au-dessus de sa tête et leur demanda : « Qu’est-ce qui vous a fait entrer auprès de moi ? » Ils répondirent : « N’aie pas peur ; nous sommes deux plaideurs, l’un de nous a commis une injustice à l’encontre de l’autre ; nous sommes venus pour que tu arbitres entre nous. »

قَالَ ابْنُ الْعَرَبِيِّ: وَكَانَ مِحْرَابُ دَاوُدَ عَلَيْهِ السَّلَامُ مِنَ الِامْتِنَاعِ بِالِارْتِفَاعِ، بِحَيْثُ لَا يَرْتَقِي إِلَيْهِ آدَمِيٌّ بِحِيلَةٍ إِلَّا أَنْ يُقِيمَ إِلَيْهِ أَيَّامًا أَوْ أَشْهُرًا بِحَسَبِ طَاقَتِهِ، مَعَ أَعْوَانٍ يَكْثُرُ عَدَدُهُمْ، وَآلَاتٍ جَمَّةٍ مُخْتَلِفَةِ الْأَنْوَاعِ. وَلَوْ قُلْنَا: إِنَّهُ يُوصَلُ إِلَيْهِ مِنْ بَابِ الْمِحْرَابِ لَمَا قَالَ اللَّهُ تَعَالَى مُخْبِرًا عَنْ ذَلِكَ " تَسَوَّرُوا الْمِحْرابَ" إِذْ لَا يُقَالُ تَسَوَّرَ الْمِحْرَابَ وَالْغُرْفَةَ لِمَنْ طَلَعَ إِلَيْهَا مِنْ دَرَجِهَا، وَجَاءَهَا مِنْ أَسْفَلِهَا إِلَّا أَنْ يَكُونَ ذَلِكَ مَجَازًا، وَإِذَا شَاهَدْتَ الْكُوَّةَ الَّتِي يُقَالُ إِنَّهُ دَخَلَ منها الخصمان علمت قطعا أنهما لكان، لِأَنَّهَا مِنَ الْعُلُوِّ بِحَيْثُ لَا يَنَالُهَا إِلَّا عُلْوِيٌّ. قَالَ الثَّعْلَبِيُّ: وَقَدْ قِيلَ كَانَ الْمُتَسَوِّرَانِ أَخَوَيْنِ مِنْ بَنِي إِسْرَائِيلَ لِأَبٍ وَأُمٍّ. فَلَمَّا قَضَى دَاوُدُ بَيْنَهُمَا بِقَضِيَّةٍ قَالَ لَهُ مَلَكٌ مِنَ الْمَلَائِكَةِ: فَهَلَّا قَضَيْتَ بِذَلِكَ عَلَى نَفْسِكَ يَا دَاوُدُ. قَالَ الثَّعْلَبِيُّ: وَالْأَوَّلُ أَحْسَنُ أَنَّهُمَا كَانَا مَلَكَيْنِ نَبَّهَا دَاوُدَ عَلَى مَا فَعَلَ. قُلْتُ: وَعَلَى هَذَا أَكْثَرُ أَهْلِ التَّأْوِيلِ. فَإِنْ قِيلَ: كَيْفَ يَجُوزُ أَنْ يَقُولَ الْمَلَكَانِ " خَصْمَانِ بَغَى بَعْضُنَا عَلَى بَعْضٍ" وَذَلِكَ كَذِبٌ وَالْمَلَائِكَةُ عن مثله منزهون. فالجواب أنه لأبد في الكلام من تقدير، فكأنهما قالا: قدنا كَأَنَّنَا خَصْمَانِ بَغَى بَعْضُنَا عَلَى بَعْضٍ فَاحْكُمْ بَيْنَنَا بِالْحَقِّ، وَعَلَى ذَلِكَ يُحْمَلُ قَوْلُهُمَا: " إِنَّ هَذَا أَخِي لَهُ تِسْعٌ وَتِسْعُونَ نَعْجَةً" لِأَنَّ ذَلِكَ وَإِنْ كَانَ بِصُورَةِ الْخَبَرِ فَالْمُرَادُ إِيرَادُهُ عَلَى طَرِيقِ التَّقْدِيرِ لِيُنَبَّهَ دَاوُدُ عَلَى مَا فعل، والله أعلم. الرابعة- إن قبل: لِمَ فَزِعَ دَاوُدُ وَهُوَ نَبِيٌّ، وَقَدْ قَوِيَتْ نَفْسُهُ بِالنُّبُوَّةِ، وَاطْمَأَنَّتْ بِالْوَحْيِ، وَوَثِقَتْ بِمَا آتَاهُ اللَّهُ مِنَ الْمَنْزِلَةِ، وَأَظْهَرَ عَلَى يَدَيْهِ مِنَ الْآيَاتِ، وَكَانَ مِنَ الشَّجَاعَةِ فِي غَايَةِ الْمَكَانَةِ؟ قِيلَ لَهُ: ذَلِكَ سَبِيلُ الْأَنْبِيَاءِ قَبْلَهُ، لَمْ يأمنوا القتل والإذاية وَمِنْهُمَا كَانَ يُخَافُ. أَلَا تَرَى إِلَى مُوسَى وهرون عَلَيْهِمَا السَّلَامُ كَيْفَ قَالَا: " إِنَّنا نَخافُ أَنْ يَفْرُطَ عَلَيْنا أَوْ أَنْ يَطْغى " فَقَالَ اللَّهُ عَزَّ وَجَلَّ " لَا تَخافا" وَقَالَتِ الرُّسُلُ لِلُوطٍ: " لَا تَخَفْ. إِنَّا رُسُلُ رَبِّكَ لَنْ يَصِلُوا إِلَيْكَ" وَكَذَا قَالَ الْمَلَكَانِ هُنَا: " لَا تَخَفْ." قَالَ مُحَمَّدُ بْنُ إِسْحَاقَ: بَعَثَ اللَّهُ إِلَيْهِ مَلَكَيْنِ يَخْتَصِمَانِ إِلَيْهِ وَهُوَ فِي مِحْرَابِهِ- مَثَلًا ضربه الله له ولأوريا- فرآهما واقفيين عَلَى رَأْسِهِ، فَقَالَ: مَا أَدْخَلَكُمَا عَلَيَّ؟ قَالَا: " لَا تَخَفْ خَصْمانِ بَغى بَعْضُنا عَلى بَعْضٍ" فَجِئْنَاكَ لِتَقْضِيَ بَيْنَنَا.

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