Abû ʿUbayd déclara : « En dépit de tout cela, j’ai entrepris d’examiner délibérément l’exemplaire que l’on appelle al-Imâm – le Muṣḥaf de ʿUthmân – et j’y ai constaté que la lettre tâʾ était rattachée au mot ḥîn ; on y lit donc taḥîn. »
Abû Jaʿfar an-Naḥḥâs dit : « Quant au premier vers qu’il a cité d’Abû Wajzah, les savants de la langue l’ont transmis sous quatre formes, toutes différentes de la version qu’il a rapportée ; pour l’une d’entre elles, deux analyses sont possibles. Abû al-ʿAbbâs Muḥammad b. Yazîd l’a rapporté ainsi :
- “al-ʿâṭifûna walâta mâ min ʿâṭif.”
La seconde version est : - “al-ʿâṭifûna walâta ḥîna taʿâṭuf.”
La troisième, transmise par Ibn Kaysân, est : - “al-ʿâṭifûnata ḥîna mâ min ʿâṭif” – il met un hâʾ à l’arrêt et un tâʾ dans la liaison, prétendant qu’il s’agit d’une marque vocalique assimilée au hâʾ du féminin.
La quatrième version est : - “al-ʿâṭifûnahu ḥîna mâ min ʿâṭif.”
Dans cette dernière, deux analyses sont possibles ; la première – selon l’école d’Ismâʿîl b. Isḥâq – estime que le hâʾ est à la place de l’accusatif, comme l’on dit : “al-ḍâribûna Zaydan”, et lorsque l’on remplace le nom par un pronom l’on dit : “al-ḍâribûhu”. Sîbawayh a permis, en poésie, la forme “al-ḍâribûnahu”. Ismâʿîl a donc introduit ici la marque de féminisation selon l’autorisation de Sîbawayh. L’autre analyse considère que le hâʾ sert seulement à indiquer le mouvement, comme lorsque l’on dit : “marra binâ al-muslimûn ah” à l’arrêt, puis qu’on la laisse en continuité, à l’image de la lecture des gens de Médine : “mâ aghnâ ʿannî mâliyah, halaka ʿannî sulṭâniyah” (al-Ḥâqqah, 28-29).
Quant au second vers, il ne constitue pour lui aucune preuve, car on s’y arrête en disant : “walâta awân(i)”. Il contient toutefois une difficulté : on le transmet aussi sous la forme “walâta awânin” avec une kasrah, alors que le mot qui suit “lâta” ne peut être que marfûʿ (au nominatif) ou manṣûb (à l’accusatif). Même s’il est rapporté de ʿÎsâ b. ʿUmar qu’il avait lu : “walâti ḥîni manâṣin” – en mettant la kasrah sur le tâʾ de “lâta” et sur la nûn de “ḥîn” – la version authentiquement établie de sa part est : “walâta ḥîna manâṣ”, où il a bâti “lâta” sur la kasrah et mis “ḥîna” à l’accusatif.
Quant à l’expression “walâta awân”, deux interprétations sont envisageables ; al-Akhfash dit qu’il y a là un mot sous-entendu : “walâta ḥîna awân”.