Parole du Très-Haut : « Mais ceux qui ont mécru sont dans l’arrogance », c’est-à-dire dans l’orgueil et la réticence à accepter la vérité, comme Il – glorifié et exalté soit-Il – a dit : « Et lorsqu’on lui dit : “Crains Allah”, l’orgueil, nourri par le péché, s’empare de lui » (al-Baqarah, 206).
Chez les Arabes, le terme al-ʿizzah désigne la domination et la suprématie. On dit : « Man ʿazza bazza », c’est-à-dire : celui qui triomphe dépouille son adversaire. De même, dans la parole divine : « et il m’a dominé dans la discussion » (Sâd, 23), le sens est : il m’a vaincu. Jarîr a dit :
« Il s’impose sur la route de ses deux épaules…
pareil à la ténacité du dissipateur sur les flèches divinatoires »,
– il veut dire : il triomphe.
« … et dans l’opposition (wa shiqâq) » : autrement dit dans l’affichage de la contrariété et de la dissociation. Le mot vient de shiq (la moitié, le côté) : comme si celui-ci se trouvait d’un côté et celui-là d’un autre. Ce point a été exposé en détail dans la sourate al-Baqarah.
Parole du Très-Haut : « Combien de générations avant eux avons-Nous fait périr ! » : c’est-à-dire des peuples qui étaient plus puissants et plus redoutables qu’eux. « Kam » est un terme indiquant la multiplicité.
« Ils appelèrent (fanâdaw) » : c’est-à-dire qu’ils implorèrent secours et repentir. Le nidâ’ consiste à élever la voix ; d’où la parole rapportée : « Confie-le à Bilâl, car sa voix porte plus loin que la tienne », c’est-à-dire : elle est plus forte.
« Mais il n’était plus temps de fuite » (wa lâta ḥîna manâṣ). Al-Ḥasan a dit : ils crièrent au repentir alors que ce n’était plus l’heure du repentir ni le moment où l’action aurait pu être utile.
An-Naḥḥâs commente : c’est là l’explication qu’il (al-Ḥasan) donne de la parole du Très-Haut : « wa lâta ḥîna manâṣ ».
Quant à Isrâʾîl, il rapporte d’après Abû Isḥâq, d’après at-Tamîmî, d’après Ibn ʿAbbâs : « wa lâta ḥîna manâṣ » – il dit : ce n’est pas l’heure de bondir ni de fuir, précisant que tous ceux qui étaient présents furent saisis (c’est-à-dire cernés).
Al-Kalbî explique : lorsqu’ils combattaient et se voyaient acculés, les uns disaient aux autres : « manâṣ », c’est-à-dire : en fuite ! à la débandade ! Puis, quand le châtiment les atteignit, ils dirent à leur tour : « manâṣ ». Allah – glorifié et exalté soit-Il – leur dit alors : « wa lâta ḥîna manâṣ ».
Al-Qushayrî dit : dans cette hypothèse, le sens sous-entendu est : « Ils crièrent : manâṣ », mais le terme a été omis, le reste de la phrase suffisant à le suggérer ; autrement dit : ce n’est pas le moment de ce à quoi vous appelez. Cela comporte toutefois une part d’arbitraire, car il est peu vraisemblable d’affirmer que tous les peuples détruits prononçaient « manâṣ » lorsqu’ils étaient acculés.
On a dit aussi : le sens de « wa lâta ḥîna manâṣ » est : point de sincérité ; le mot est alors à l’accusatif du fait de la particule lâ. Al-Qushayrî objecte : cette interprétation reste discutable, car elle laisse la conjonction « wa » sans fonction apparente dans l’expression : « wa lâta ḥîna manâṣ ».