L’autre opinion veut que la lettre dâl soit vocalisée par une kasra en raison de la rencontre de deux consonnes non voyellées.
‘Îsâ b. ‘Umar a, pour sa part, récité « Ṣâd(a) » en ouvrant la dâl – tout comme il a lu « Qâf(a) » et « Nûn(a) » en plaçant une fatha sur leur dernière lettre. À ce sujet, il retient trois positions :
- que le mot a le sens de : « Récite ! » ;
- qu’il a été ouvert (par la fatha) à cause de la rencontre de deux sukûns, ouverture qu’il a privilégiée par consonance et parce qu’elle est la voyelle la plus légère ;
- qu’il est à l’accusatif comme objet d’un serment implicite, à l’instar de l’expression : « (Par) Allah, je le ferai sûrement ! ».
On a également dit qu’il est à l’accusatif par manière d’exhortation (ighrâ’).
D’autres ont estimé que son sens est : « Muḥammad a conquis les cœurs des créatures et les a gagnés jusqu’à ce qu’elles croient en lui ».
Ibn Abî Isḥâq a de même récité « Ṣâd-in » avec kasra sur la dâl et tanwîn, le considérant au génitif en raison de l’omission de la particule de serment ; mais cela est peu probable, même si Sîbawayh l’a permis. Il est aussi possible qu’on l’assimile aux interjections et autres sons invariables.
Hârûn al-A‘war et Muḥammad b. al-Samayqa‘ ont quant à eux lu « Ṣâdu », « Qâfu », « Nûnu » en fermant la finale par une ḍamma, parce que telle est la forme habituellement bâtie, comme dans : mundhu, qaṭṭu, qabl(u), ba‘d(u).
Si l’on fait de « Ṣ » le nom d’une sourate, il n’est pas déclinable, de même que lorsqu’on nomme un féminin par un substantif masculin non déclinable, fût-il court.
Ibn ‘Abbâs et Jâbir b. ‘Abdillâh, interrogés au sujet de « Ṣ », répondirent : « Nous ne savons pas ce que c’est. »
‘Ikrima rapporte que Nâfi‘ b. al-Azraq questionna Ibn ‘Abbâs à ce propos ; il dit : « “Ṣ” était une mer à La Mecque, au-dessus de laquelle se tenait le Trône du Tout-Miséricordieux, alors qu’il n’y avait ni nuit ni jour. »
Sa‘îd b. Jubayr a dit : « “Ṣ” est une mer par laquelle Allah fera revivre les morts entre les deux souffles (du Cor). »
Al-Ḍaḥḥâk a expliqué : cela signifie : « Allah a dit vrai. » Il transmit aussi que « Ṣ » est un serment par lequel Allah jure ; c’est l’un de Ses Noms – exalté soit-Il. Cet avis est également rapporté de As-Suddî et, par transmission, d’Ibn ‘Abbâs.
Muḥammad b. Ka‘b dit : c’est la clef des Noms d’Allah – Aṣ-Ṣamad, le Créateur des créatures, le Véridique dans Sa promesse.
Qatâda affirma : c’est un des Noms du Tout-Miséricordieux ; selon une autre version, un des Noms du Coran.
Mujâhid déclara : c’est l’ouverture de la sourate.
Il a également été dit que cela appartient aux secrets qu’Allah a gardés en Sa science – ce qui rejoint la première opinion. Tout cela a déjà été exposé dans la sourate « Al-Baqarah » (note 1).
Parole du Très-Haut : « Par le Coran… » – le terme est au génitif introduit par la wāw du serment, la wāw tenant lieu de la bā’. Allah jure par le Coran afin de mettre en lumière la grandeur de son rang : il contient l’éclaircissement de toute chose, il est guérison pour ce qui se trouve dans les poitrines, et constitue un miracle pour le Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue.
« Doté de rappel » (dhî adh-dhikr) vient en adjectif, au génitif marqué par le yâ’. C’est un nom défectif dont la racine originelle est dhawā, sur le modèle fa‘ala.
Ibn ‘Abbâs et Muqâtil ont dit que l’expression signifie : « doté d’exposé (bayân) ».
Al-Ḍaḥḥâk :