[Sourate aṣ-Ṣāffāt (37), versets 91 à 96]
91. Il se glissa alors vers leurs divinités et dit : « Pourquoi ne mangez-vous donc pas ? »
92. « Qu’avez-vous à ne point parler ? »
93. Puis il s’en prit à elles, les frappant de sa (main) droite.
94. Ils accoururent alors vers lui à pas précipités.
95. Il dit : « Adorez-vous donc ce que vous sculptez ? »
96. Alors qu’Allah vous a créés, vous ainsi que ce que vous façonnez.
Commentaire
« Il se glissa vers leurs divinités »
– as-Suddī a dit : « Il se dirigea vers elles. »
– Abū Mâlik dit également : « Il s’en alla vers elles. »
– On a encore rapporté : « Il se détourna (des gens) pour s’approcher des idoles. » Tous ces sens sont voisins. Le verbe râgha, yarûghu, roughan désigne le fait de se mouvoir furtivement ou de se déporter sur le côté ; on dit d’un chemin raaʾigh qu’il est oblique.
Le poète a chanté :
« Il t’offre du bout de la langue une douceur,
puis se dérobe à toi comme le renard sait le faire. »
« Pourquoi ne mangez-vous donc pas ? »
Il s’adressa à elles comme on parle à des êtres doués de raison, parce que leurs adorateurs leur avaient conféré ce rang. De même : « Qu’avez-vous à ne point parler ? »
On a dit qu’il y avait, devant les idoles, un repas que les polythéistes avaient laissé pour qu’elles le consomment à leur retour de la fête, prétendant que la bénédiction de leurs idoles atteindrait ainsi la nourriture. D’autres ont dit qu’ils l’avaient laissée aux desservants du temple. Certains encore rapportent qu’Ibrâhîm, par dérision, plaça lui-même de la nourriture devant elles et dit : « Pourquoi ne mangez-vous pas ? Qu’avez-vous à ne point parler ? »
« Il s’en prit à elles, les frappant de sa (main) droite »
Il spécifia la droite parce qu’elle est plus forte et que le coup porté avec elle est plus vigoureux, comme l’ont expliqué ad-Dahhâk et ar-Rabîʿ ibn Anas. D’autres ont dit que la « droite » renvoie au serment qu’il avait prêté lorsqu’il déclara : « Par Allah ! Je vais assurément user de ruse contre vos idoles. » (al-Anbiyâʾ, 57).
Al-Farrâʾ et Thaʿlab estiment que le terme « droite » signifie ici « force » ; il a également été avancé qu’il signifie « justice ». Dans ce sens, on lit : « Et s’il avait forgé contre Nous quelques paroles, Nous l’aurions saisi de la droite. » (al-Ḥāqqah, 44-45), c’est-à-dire « avec justice ». La droite est ainsi associée à l’équité, tandis que la gauche l’est à l’iniquité : l’ennemi est à gauche, les péchés sont consignés à gauche et l’obéissance à droite ; aussi le Très-Haut dit-Il : « Vous veniez à nous par la droite. » (aṣ-Ṣāffāt, 28), c’est-à-dire du côté de l’obéissance.
Ainsi « il s’en prit à elles, les frappant de sa droite » signifie qu’il les frappa avec la justice à laquelle il s’était engagé envers Allah au Jour du Pacte primordial, et qu’il respecta ici. Il réduisit alors ces idoles en « juthâdhan », c’est-à-dire en menus débris, pareils à la poussière pulvérisée.