La parole du Très-Haut : « Nous avons laissé pour lui, dans les générations ultérieures » – c’est-à-dire : Nous avons maintenu pour lui un éloge louable au sein de chaque communauté, car il est aimé de tous ; au point que, chez les zoroastriens, certains prétendent qu’il serait l’« Afreydoun ». Ce sens a été rapporté d’après Moujâhid et d’autres.
Al-Kisâ’î avance deux interprétations :
- « Nous avons laissé pour lui, dans les générations ultérieures … il est dit : “Paix sur Noé” », c’est-à-dire : Nous avons perpétué à son sujet cet éloge louable. Tel est l’avis d’Abû al-‘Abbâs al-Mubarrad : Nous avons fait subsister pour lui cette parole, de sorte qu’on le salue et qu’on invoque en sa faveur ; il s’agit là d’un propos rapporté, comme dans : « Une sourate Nous l’avons révélée » (an-Nûr : 1).
- L’autre explication veut que le sens soit : « et Nous l’avons maintenu » – la phrase s’achève ici –, puis Il reprend : « Paix sur Noé », c’est-à-dire : sûreté pour lui, à ce qu’on ne le mentionne jamais en mal, « dans les générations ultérieures ».
Al-Kisâ’î ajoute que, dans la lecture d’Ibn Mas‘ûd, on lit « salâman » à l’accusatif, dépendant de « Nous avons laissé », c’est-à-dire : Nous avons laissé pour lui un éloge louable : une paix.
On a dit aussi : « parmi les derniers » désigne la communauté de Muḥammad ﷺ.
D’autres ont dit : parmi les prophètes, car aucun prophète n’a été envoyé après lui sans qu’il ne fût commandé de le prendre pour modèle, selon : « Il vous a prescrit en matière de religion ce qu’Il recommanda à Noé » (ach-Chourâ : 13).
Sa‘îd b. al-Musayyib rapporte : Il m’est parvenu que quiconque dit, lorsqu’il nomme un enfant : « Paix sur Noé parmi les mondes », ne sera pas piqué par un scorpion. Abû ‘Umar l’a mentionné dans at-Tamhîd.
Dans le Muwaṭṭa’, d’après Khaoula bt Ḥakîm, le Messager d’Allâh ﷺ a dit : « Celui qui descend en un lieu puis dit : “Je me mets sous la protection des paroles parfaites d’Allâh contre le mal de ce qu’Il a créé”, rien ne lui nuira jusqu’à ce qu’il lève le camp. » Et l’on y rapporte encore, d’après Abû Hurayra, qu’un homme des Banû Aslam dit : « Je n’ai pas dormi cette nuit. » Le Prophète ﷺ lui demanda : « Pourquoi ? » Il répondit : « Un scorpion m’a piqué. » Il dit : « Si seulement, hier soir, tu avais dit : “Je me mets sous la protection des paroles parfaites d’Allâh contre le mal de ce qu’Il a créé”, cela ne t’aurait pas nui. »
La parole du Très-Haut : « C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants » : c’est-à-dire : Nous leur faisons subsister un éloge louable. Le kāf est au régime de l’accusatif : « en rétribution ainsi ».
« Il était certes parmi Nos serviteurs croyants » : voilà qui explicite son excellence.
La parole du Très-Haut : « Puis Nous noyâmes les autres » : c’est-à-dire ceux qui avaient mécru. On emploie le pluriel « ukhara » ; à l’origine il se construit avec « min », omise ici car le sens est évident : on ne peut être derniers qu’à la suite de semblables.
Le terme « thumma » n’indique pas ici une succession tardive, mais sert à l’énumération des bienfaits, comme dans : « … ou un pauvre misérable, puis il est de ceux qui croient… » (al-Balad : 16-17). Autrement dit : Ensuite, Je vous informe que J’ai bel et bien noyé les autres, ceux qui s’étaient attardés loin de la foi.