Parole du Très-Haut : « Nous l’avons certes faite une épreuve pour les injustes » ; c’est-à-dire pour les polythéistes. En effet, ceux-ci dirent : « Comment un arbre pourrait-il se trouver dans le Feu alors que le feu consume les arbres ? ». Ce même sens a déjà été évoqué dans la sourate « Subḥāna »(1). Leur dérision à ce propos ressemble à leur parole au sujet de la déclaration divine : « Ils seront dix-neuf à la garder » (al-Muddaththir, 30) : qu’est-ce qui justifie donc ce nombre ? L’un d’entre eux alla jusqu’à dire : « Je me charge de tant d’entre eux, chargez-vous du reste ». Allah – Très-Haut – dit alors : « Nous n’avons fixé leur nombre que comme une épreuve pour les mécréants » (al-Muddaththir, 31). L’épreuve (fitna) est un examen. Leur parole procède donc de l’ignorance, car il n’est nullement impossible, d’un point de vue rationnel, qu’Allah crée au sein du Feu un arbre de la nature même du feu que celui-ci ne consume pas, tout comme Il y crée des carcans, des chaînes, des serpents, des scorpions ainsi que les gardiens du Feu.
Il a été dit encore : cet étonnement manifesté jadis par les mécréants est celui que nourrissent aujourd’hui les athées ; ils ont réduit le Paradis et l’Enfer à une félicité ou à un châtiment immatériels proprement psychiques, et ils ont interprété la pesée des œuvres, le Ṣirâṭ, la Tablette et la Plume selon des significations qu’ils ont forgées eux-mêmes, loin de la compréhension que les musulmans tiennent des sources révélées. Or, lorsque la parole du Véridique rapporte un fait que la raison estime invraisemblable, il incombe de l’attester, quand bien même admettrait-on qu’il puisse recevoir une interprétation. Et l’interprétation, dans un domaine où le consensus des musulmans la tient pour invalide, n’est pas permise ; or les musulmans sont unanimes à accueillir ces réalités sans prétendre accéder à leur réalité secrète.
On a dit également que « fitna » signifie ici châtiment infligé aux injustes, comme dans Sa parole : « Goûtez votre épreuve ; c’est cela même dont vous hâtiez l’avènement » (adh-Dhâriyât, 14).
Parole du Très-Haut : « C’est, certes, un arbre qui surgit du fond de la Fournaise » : c’est-à-dire du tréfonds du Feu ; là se trouve son origine, et de là il étend ses branches dans toute la Géhenne.
« Son régime » – son fruit, ainsi nommé parce qu’il « apparaît » – « est comme des têtes de diables ». On a dit qu’il s’agit réellement des démons : Allah a comparé le fruit de cet arbre à leurs têtes tant elles sont hideuses. Les têtes des démons sont, en effet, bien représentées dans l’imaginaire, quand bien même elles ne sont pas visibles. C’est pourquoi l’on qualifie toute chose repoussante de « figure de démon », et toute forme agréable de « figure d’ange ». Ainsi, le Très-Haut rapporte au sujet des compagnes de Yûsuf : « Ce n’est pas un être humain ; ce n’est rien d’autre qu’un ange noble » (Yûsuf, 31). Il s’agit là d’une comparaison figurative, dont le sens est rapporté d’Ibn ʿAbbâs et d’al-Quraẓî. De même, Imru’ al-Qays dit : « … et des flèches aiguës, bleuâtres, semblables aux crocs des goules »(2).