Elle se place devant « kāna » et ce qui lui est analogue, comme dans la parole du Très-Haut : « إنْ كادَ لَيُضِلُّنا » (Al-Furqân, 24). La lettre lâm y sert à la distinguer de la particule « in » négative.
« Et si la grâce de mon Seigneur ne m’avait secouru, j’aurais certes été du nombre des amenés (au Feu). »
Al-Kisâ’î dit au sujet de « لَتُرْدِينِ » : autrement dit, « tu m’aurais fait périr », car « ar-radâ’ » signifie la perdition. Al-Mubarrid commente : si l’on avait dit « لَتُرْدِينِ » au sens de « tu m’aurais précipité dans le Feu », cela eut été admissible.
« Et si la grâce de mon Seigneur » désigne Sa sauvegarde et Son assistance qui m’ont fait m’agripper à l’anse solide de l’islam et me tenir à l’écart du mauvais compagnon. Selon Sîbawayh, ce qui suit « lawlâ » est au nominatif en tant que sujet d’inchoation, tandis que le prédicat est sous-entendu.
« J’aurais été parmi les amenés » : Al-Farrâ’ explique : c’est-à-dire « j’aurais été avec toi, amené au Feu ». Le verbe « aḥḍara » n’est employé absolument que pour le mal, affirme Al-Mâwardî.
Sa parole : « أفما نحن بميِّتين » ; on a également lu « بمائِتين ». Le hamza de « أفما » introduit l’interrogation et s’est placé après la fâ de coordination ; le terme coordonné a été omis, son sens étant : « serons-nous éternisés, comblés de délices, de sorte que nous ne mourrons pas et ne serons pas châtiés ? »
« إلا موتتنا الأولى » constitue une exception disjointe et tient lieu de nom verbal parce qu’elle est qualifiée. C’est la parole des gens du Paradis adressée aux anges lorsque la mort sera immolée ; il sera alors proclamé : « Ô gens du Paradis ! éternité et point de mort ; ô gens du Feu ! éternité et point de mort. »
D’aucuns disent qu’il s’agit de la parole du croyant, exprimant la grâce d’Allah en ce qu’ils ne meurent plus et ne sont plus châtiés : voilà notre état et notre description. D’autres y voient une parole du croyant adressée au mécréant, en réprobation de ce qu’il niait la résurrection, prétendant qu’il n’existe d’autre mort que celle d’ici-bas.
Puis le croyant, montrant ce dans quoi il se trouve, déclare : « إنَّ هذا لَهوَ الفوزُ العظيمُ » – le pronom « هو » peut être sujet, ce qui le suit étant son prédicat ; l’ensemble forme alors le prédicat de « inna ». Il est aussi permis que « هو » soit un terme de séparation.
« Pour quelque chose de semblable, qu’œuvrent donc les œuvrants ! » Il se peut que ces mots soient ceux du croyant : lorsqu’il contemple ce qu’Allah lui a préparé et accordé au Paradis, il dit : « Pour un tel don et une telle faveur, qu’œuvrent les œuvrants ! », à l’image de ce que le mécréant lui disait : « Je possède plus de biens que toi et je suis plus puissant par mon entourage » (Al-Kahf, 34). Il se peut aussi que ce soit la parole des anges.
D’autres affirment qu’il s’agit de la parole d’Allah – Exalté soit-Il – adressée aux gens d’ici-bas : vous avez entendu ce que recèle le Paradis de biens et de récompenses ; pour une rétribution semblable, qu’œuvrent donc les œuvrants.
An-Naḥḥâs dit : l’estimation de la phrase – Allah est plus savant – est : « Qu’œuvrent les œuvrants pour quelque chose de semblable à cela. »
Si quelqu’un objecte : la fâ, en arabe, indique que ce qui suit vient après ce qui précède ; comment donc ce qui vient après peut-il être voulu en premier ? La réponse est que l’antériorité peut valoir l’inverse : en effet, il est de la nature des prépositions et de ce qui les suit d’être postérieurs.