Hamza et Al-Kisâ’î ont récité le terme avec la zâʼ brisée – « yunzifûna » – dérivé de l’expression « anzafa al-qawmu » lorsqu’arrive pour eux « an-nuzf », c’est-à-dire l’ivresse.
On dit de même :
– « aḥsada az-zar‘u » quand vient le moment de la moisson ;
– « aqṭafa al-karmu » quand vient le temps des vendanges ;
– « arkaba al-muhr » quand vient le moment de monter le poulain.
D’autres ont expliqué que le sens est : « ils ne viennent jamais à bout de leur boisson, tant cela leur est habituel ». En effet, on dit : « anzafa ar-rajulu, il est manzûf » lorsque son vin est épuisé.
Al-Ḥuṭayʾa a dit :
« Par ma vie ! Que vous ayez vidé votre vin ou que vous soyez redevenus sobres,
vous avez été, ô gens d’Abjar, de bien piètres compagnons ! »
An-Naḥḥâs commente : la première lecture est la plus claire et la plus juste quant au sens, car « yunzafûna » signifie, selon la plupart des exégètes – parmi lesquels Mujâhid –, « leurs esprits ne s’égarent pas ». Allah, Majesté et Pureté à Lui, a donc écarté du vin du Paradis les maux qui, dans ce bas-monde, accompagnent le vin : migraine et ivresse.
Le sens propre de « yunzafûna » est : « que leur boisson vienne à s’épuiser » ; il sied mal, cependant, de décrire ainsi la boisson du Paradis. Le terme ne serait alors employé que par extension, dans le sens : « elle ne s’épuise jamais ».
Une autre lecture rapporte « lâ yunzifûna » – avec la zâʼ brisée – c’est-à-dire : « ils ne s’enivrent pas », ainsi que l’ont mentionné Az-Zajjâj et Abû ʿAlî, d’après ce qu’a rapporté Al-Qushayrî.
Al-Mahdawî objecte : on ne saurait lui donner le sens de « ils s’enivrent », car il est précédé de l’énoncé : « lâ fîhâ ghawl » – « il n’y a en elle nul tort caché » – signifiant que leurs esprits n’y sont pas agressés ; y voir la même idée ferait doublon, bien que cela puisse être toléré dans la sourate Al-Wâqiʿa. Il est possible aussi que « lâ fîhâ ghawl » signifie : « elle ne leur cause aucune maladie » ; « wa lâ hum ʿanhâ yunzafûna » voudrait alors dire : « ils ne s’enivrent pas » ou « leur boisson ne s’épuise pas ».
Qatâda a dit : « al-ghawl », c’est la douleur du ventre. Ibn Abî Najîḥ rapporte de Mujâhid le même avis : « il n’y a pas en elle de mal de ventre ».
Al-Ḥasan affirme : c’est la migraine. C’est également l’avis d’Ibn ʿAbbâs qui dit : « il n’y a en elle ni migraine ».
Ad-Ḍaḥḥâk rapporte de lui (Ibn ʿAbbâs) que le vin renferme quatre fléaux : l’ivresse, la migraine, le vomissement et l’urine. Allah a évoqué le vin du Paradis et l’en a purifié.
Mujâhid : c’est une maladie.
Ibn Kaysân : c’est la colique. Ces paroles sont proches les unes des autres.
Al-Kalbî dit : « lâ fîhâ ghawl » signifie : « nul péché », comme dans la Parole : « Là, pas de propos futiles ni de péché » (At-Tûr, 23).
Ash-Shaʿbî, As-Sudî et Abû ʿUbayda disent : « elle ne ravit pas leurs esprits pour les emporter ». Tel est aussi le sens du vers du poète :
« Toujours la coupe nous surprenait,
emportant le premier, puis le premier… »