Les savants ont divergé quant à savoir si cette lapidation (des démons par les astres flamboyants) eut lieu avant la mission prophétique ou bien après, en raison même de cette mission ; deux opinions sont rapportées à ce sujet. Les traditions prophétiques – dont la mention viendra dans la sourate « Al-Jinn » d’après Ibn ʿAbbâs – corroborent chacune de ces deux positions.
Il est toutefois possible de les concilier ; on dira alors : ceux qui soutiennent que les démons n’étaient pas repoussés par les projectiles stellaires avant l’envoi du Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui – puis qu’ils le furent, entendent par là qu’ils n’étaient pas atteints d’une manière qui les coupait entièrement de l’écoute ; ils étaient parfois visés et parfois laissés, frappés d’un côté et épargnés d’un autre.
Peut-être l’allusion contenue dans la parole du Très-Haut : « Ils sont pourchassés de tous côtés, refoulés ; et pour eux un châtiment permanent » vise-t-elle ce sens : auparavant ils n’étaient repoussés que de certains points, puis ils se virent continuellement lapidés.
Avant cela, ils étaient comparables aux espions parmi les humains : l’un d’eux parvenait à son but alors qu’un autre n’y parvenait pas ; celui-là était arrêté, puni et châtié, sans que cela ne s’étende forcément aux autres.
Lorsque le Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui – fut envoyé, la garde des cieux fut renforcée ; on prépara contre eux des bolides qui n’existaient pas auparavant, afin qu’ils fussent refoulés de toutes les directions du ciel, qu’ils ne puissent plus se fixer dans aucun des sièges qu’ils occupaient jadis ; dès lors ils furent incapables d’entendre quoi que ce soit de ce qui s’y déroule, sauf si l’un d’eux, profitant de sa très grande agilité, enlevait furtivement un mot ; aussitôt un météore perçant le talonnait avant qu’il n’atteigne la terre : il le lance alors à ses pareils, le bolide le brûle, et la chiromancie (la prétendue divination) s’en trouva abolie, tandis que la révélation et la prophétie s’établirent.
On pourrait objecter : si cette lapidation n’a lieu qu’à cause de la prophétie, pourquoi perdure-t-elle après le Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui ?
La réponse est qu’elle demeure tant que demeure la prophétie ; en effet, le Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui – a déclaré la divination caduque en disant : « N’est pas des nôtres celui qui pratique la divination. » Si les cieux n’étaient plus gardés après son décès, les djinns reviendraient à leur écoute clandestine et la chiromancie renaîtrait ; or cela est impossible après son annulation. De plus, si la levée de la garde des cieux – établie à cause de la prophétie – survenait et que la chiromancie ressurgissait, le doute gagnerait les croyants les plus faibles ; ils pourraient croire que le retour de la divination atteste la fin de la prophétie. La sagesse exige donc la permanence de la garde aussi bien durant la vie du Prophète – sur lui la paix – qu’après qu’Allâh l’a rappelé à la félicité auprès de Lui – qu’Allâh prie sur lui et sur sa famille.
« Et pour eux un châtiment wasib » : c’est-à-dire incessant, selon Mujâhid et Qatâda ; Ibn ʿAbbâs dit : sévère. Al-Kalbî, As-Suddi et Abû Ṣâliḥ disent : douloureux, c’est-à-dire atteignant le cœur, dérivé de waṣab – la maladie chronique.
« Sauf celui qui saisit furtivement une bribe » : il s’agit d’une exception se rattachant à Sa parole : « Ils sont pourchassés de tous côtés. » D’autres disent que l’exception se rapporte à autre chose