Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Quant aux diverses catégories de poésie, – par Allah –, il (le Coran) ne ressemble à aucune d’entre elles, et sa parole n’est absolument pas de la poésie.

Anîs, le frère d’Abû Dharr, déclara : « J’ai confronté sa parole à tous les mètres poétiques, et elle ne s’accorde pas pour être de la poésie. » Ce propos est rapporté par Muslim, et Anîs comptait pourtant parmi les plus grands poètes arabes.

De même, ‛Utbah b. Abî Rabî‛ah, lorsqu’il l’entendit, dit : « Par Allah ! Ce n’est ni poésie, ni divination, ni sorcellerie », comme on l’expliquera plus loin, dans son récit rapporté à propos de la sourate « Fussilat », si Allah – Très-Haut – le veut. Tel fut également l’avis d’autres orateurs arabes au langage pur et à la langue éloquente.

Par ailleurs, tout énoncé rythmé qui vient spontanément sur la langue n’est pas considéré comme de la poésie ; n’est appelé poésie que ce qui est formulé sur un mètre poétique avec l’intention explicite d’en faire un poème. Ainsi, quelqu’un peut dire : « Notre cheikh nous a rapporté… » ou appeler : « Ô toi, l’homme au manteau ! », sans que cela soit tenu pour de la poésie.

On rapporte qu’un homme – simple, mais sensé – criait, alors qu’il était malade : « Emmenez-moi chez le médecin et dites qu’il a déjà cautérisé », et, bien que ses mots soient métriques, ils ne sont pas de la poésie.

Troisièmement : Ibn al-Qâsim rapporte de Mâlik qu’on l’interrogea au sujet de la récitation de la poésie ; il répondit : « N’en abuse pas ; l’un de ses défauts est qu’Allah – Exalté soit-Il – dit : “Nous ne lui avons pas enseigné la poésie et il ne lui sied pas” (Yâ-Sîn, 69). » Mâlik ajouta : « Il m’est parvenu que ‛Umar b. al-Khattâb – qu’Allah l’agrée – écrivit à Abû Mûsâ al-Ash‛arî : “Rassemble les poètes qui se trouvent chez toi, interroge-les sur la poésie et vois s’ils en possèdent encore la science, et fais venir Labîd à cette occasion.” »

Abû Mûsâ les réunit donc, les questionna et ils dirent : « Oui, nous la connaissons et la composons toujours. » Il interrogea ensuite Labîd, qui répondit : « Je n’ai plus rien composé depuis que j’ai entendu Allah – Puissant et Majestueux – dire : ‘Alif Lâm Mîm. Voici le Livre au sujet duquel il n’y a aucun doute…’ (Al-Baqarah, 1-2). »

Ibn al-‛Arabî dit : « Ce verset n’implique nullement que la poésie soit blâmable, tout comme Sa parole : ‘Tu ne récitais aucun livre avant celui-ci et tu n’en traçais pas de ta main droite’ (Al-‛Ankabût, 48) n’est pas un blâme adressé à l’écriture. De même que l’illettrisme n’est pas un défaut en matière de calligraphie, ainsi la négation de la composition poétique au sujet du Prophète – que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui – n’est pas une critique de la poésie en soi. »

On rapporte qu’al-Ma’mûn dit à Abû ‛Alî al-Munqarî : « On m’a informé que tu es illettré, que tu ne maîtrises pas la poésie et que tu fais des fautes de langue. » Il répondit : « Ô Commandeur des Croyants, il se peut que ma langue laisse échapper quelque erreur, mais quant à l’illettrisme et à l’incapacité de scander la poésie, le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – n’écrivait pas et ne scannait pas la poésie. »

Le calife lui rétorqua : « Je t’interrogeais sur trois défauts te concernant, et voilà que tu m’en ajoutes un quatrième : l’ignorance, ô ignorant ! Ce qui fut une vertu pour le Prophète – paix et salut sur lui – est, pour toi et tes semblables, une tare. En vérité, le Prophète – paix et salut sur lui – en fut préservé pour lever tout soupçon à son sujet, non parce qu’il y aurait un défaut intrinsèque dans la poésie ou l’écriture. »

أَصْنَافَ الشِّعْرِ، فَوَاللَّهِ مَا يُشْبِهُ شَيْئًا مِنْهَا، وَمَا قَوْلُهُ بِشِعْرٍ. وَقَالَ أُنَيْسٌ أَخُو أَبِي ذَرٍّ: لَقَدْ وَضَعْتُ قَوْلَهُ عَلَى أَقْرَاءِ الشِّعْرِ» فَلَمْ يَلْتَئِمْ أَنَّهُ شِعْرٌ. أَخْرَجَهُ مُسْلِمٌ، وَكَانَ أُنَيْسٌ مِنْ أَشْعَرِ الْعَرَبِ. وَكَذَلِكَ عُتْبَةُ بْنُ أَبِي رَبِيعَةَ لَمَّا كَلَّمَهُ: وَاللَّهِ مَا هُوَ بِشِعْرٍ وَلَا كِهَانَةٍ وَلَا سِحْرٍ، عَلَى مَا يَأْتِي بَيَانُهُ مِنْ خَبَرِهِ فِي سُورَةِ " فُصِّلَتْ" إِنْ شَاءَ اللَّهُ تَعَالَى. وَكَذَلِكَ قَالَ غَيْرُهُمَا مِنْ فُصَحَاءِ الْعَرَبِ الْعُرَبَاءِ، وَاللُّسُنِ الْبُلَغَاءِ. ثُمَّ إِنَّ مَا يَجْرِي عَلَى اللِّسَانِ مِنْ مَوْزُونِ الكلام لا يعد شعرا، وإنما بعد مِنْهُ مَا يَجْرِي عَلَى وَزْنِ الشِّعْرِ مَعَ الْقَصْدِ إِلَيْهِ، فَقَدْ يَقُولُ الْقَائِلُ: حَدَّثَنَا شَيْخٌ لَنَا وَيُنَادِي يَا صَاحِبَ الْكِسَائِيِّ، وَلَا يُعَدُّ هَذَا شِعْرًا. وَقَدْ كَانَ رَجُلٌ يُنَادِي فِي مَرَضِهِ وَهُوَ مِنْ عُرْضِ الْعَامَّةِ الْعُقَلَاءِ: اذْهَبُوا بِي إِلَى الطَّبِيبِ وَقُولُوا قَدِ اكْتَوَى. الثَّالِثَةُ- رَوَى ابْنُ الْقَاسِمِ عَنْ مَالِكٍ أَنَّهُ سُئِلَ عَنْ إِنْشَادِ الشِّعْرِ فَقَالَ: لَا تُكْثِرَنَّ مِنْهُ، فَمِنْ عَيْبِهِ أَنَّ اللَّهَ يَقُولُ: " وَما عَلَّمْناهُ الشِّعْرَ وَما يَنْبَغِي لَهُ" قَالَ: وَلَقَدْ بَلَغَنِي أَنَّ عُمَرَ بْنَ الْخَطَّابِ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ كَتَبَ إِلَى أَبِي مُوسَى الْأَشْعَرِيِّ: أَنِ اجْمَعِ الشُّعَرَاءَ قِبَلَكَ، وَسَلْهُمْ عَنِ الشِّعْرِ، وَهَلْ بَقِيَ مَعَهُمْ مَعْرِفَةٌ، وَأَحْضِرْ لَبِيدًا ذَلِكَ، قَالَ: فَجَمَعَهُمْ فَسَأَلَهُمْ فَقَالُوا إِنَّا لَنَعْرِفُهُ وَنَقُولُهُ. وَسَأَلَ لَبِيدًا فَقَالَ: مَا قُلْتُ شِعْرًا مُنْذُ سَمِعْتُ اللَّهَ عَزَّ وَجَلَّ يَقُولُ: " الم ذلِكَ الْكِتابُ لَا رَيْبَ فِيهِ" [البقرة: ٢ - ١] قَالَ ابْنُ الْعَرَبِيِّ: هَذِهِ الْآيَةُ لَيْسَتْ مِنْ عَيْبِ الشِّعْرِ، كَمَا لَمْ يَكُنْ قَوْلُهُ: " وَما كُنْتَ تَتْلُوا مِنْ قَبْلِهِ مِنْ كِتابٍ وَلا تَخُطُّهُ بِيَمِينِكَ" [العنكبوت: ٤٨] مِنْ عَيْبِ الْكِتَابَةِ، فَلَمَّا لَمْ تَكُنِ الْأُمِّيَّةُ مِنْ عَيْبِ الْخَطِّ، كَذَلِكَ لَا يَكُونُ نَفْيُ النَّظْمِ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ مِنْ عَيْبِ الشِّعْرِ. رُوِيَ أَنَّ الْمَأْمُونَ قَالَ لِأَبِي عَلِيٍّ الْمِنْقَرِيِّ: بَلَغَنِي أَنَّكَ أُمِّيٌّ، وَأَنَّكَ لَا تُقِيمُ الشِّعْرَ، وَأَنَّكَ تَلْحَنُ. فَقَالَ: يَا أَمِيرَ الْمُؤْمِنِينَ، أَمَّا اللَّحْنُ فَرُبَّمَا سَبَقَ لِسَانِي مِنْهُ بِشَيْءٍ، وَأَمَّا الْأُمِّيَّةُ وَكَسْرُ الشَّعْرِ فَقَدْ كَانَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لَا يَكْتُبُ وَلَا يُقِيمُ الشِّعْرَ. فَقَالَ لَهُ: سَأَلْتُكَ عَنْ ثَلَاثَةِ عُيُوبٍ فِيكَ فَزِدْتَنِي رَابِعًا وَهُوَ الْجَهْلُ، يَا جَاهِلُ! إِنَّ ذَلِكَ كَانَ لِلنَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ فَضِيلَةً، وَهُوَ فِيكَ وَفِي أَمْثَالِكَ نَقِيصَةٌ، وَإِنَّمَا مُنِعَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ ذَلِكَ لِنَفْيِ الظِّنَّةِ عنه، لا لعيب في الشعر والكتابة.
(١). أقراء الشعر: أنواعه وطرقه وبحوره ومقاصده.

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