Nous les aurions aveuglés dans leur égarement, détourné leurs regards de l’obscurité vers la guidée ; ils se seraient alors mis sur la bonne voie, auraient clairement discerné la droiture et se seraient empressés vers le chemin de l’Au-delà.
Puis Il – exalté soit-Il – dit : « D’où donc pourraient-ils voir ? » Autrement dit : Nous n’avons rien réalisé de tout cela pour eux ; comment donc pourraient-ils être guidés alors que la source même de la direction est effacée et qu’ils demeurent dans l’égarement ?
‘Abd Allâh Ibn Salâm – qu’Allâh l’agrée – rapporte une autre exégèse : il applique ce verset au Jour de la Résurrection. Il dit : « Lorsque ce Jour viendra et que le Sirât aura été tendu, un héraut proclamera : “Que se lèvent Muhammad – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui – et sa communauté.” Ils se lèveront, pieux et pervers confondus, le suivant pour franchir le Sirât. Lorsqu’ils seront sur le pont, Allâh effacera la vue de leurs pervers ; ils se précipiteront alors sur le pont : d’où pourraient-ils le voir pour le traverser ? Puis un héraut dira : “Que se lève ‘Îsâ et sa communauté.” Il se lèvera, et les siens, pieux et pervers, le suivront sur ce même passage, et il en sera ainsi pour tous les autres prophètes – sur eux la paix. » Ce récit est cité par an-Nahhâs ; nous l’avons reproduit dans At-Tadhkira selon le texte d’Ibn al-Mubârak dans ses Raqâ’iq, et al-Qushayrî l’a également mentionné.
Ibn ‘Abbâs – qu’Allâh l’agrée – a dit : Al-Aswad ibn al-Aswad prit une pierre, accompagné de quelques hommes des Banû Makhzûm, pour la jeter sur le Prophète – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui. Alors Allâh aveugla sa vue et fit adhérer la pierre à sa main ; il ne vit plus ni ne se guida, et ce verset fut révélé à son sujet. Le « matmûs » est celui dont il ne subsiste aucune fente entre les deux paupières, terme dérivé de l’expression : « le vent a effacé la trace », selon al-Akhfash et al-Qutaybî.
Le Très-Haut a dit : « Si Nous voulions, Nous les métamorphoserions à leur place, si bien qu’ils ne pourraient ni avancer ni revenir. » Le « maskh » consiste à transformer la créature, la changer en pierre, en matière inerte ou en bête.
Al-Hassan a expliqué : c’est-à-dire : Nous les clouerions sur place, de sorte qu’ils ne pourraient ni progresser ni reculer, tout comme un objet inerte ne se déplace pas. Le maskh peut aussi signifier transformer la forme de l’homme en bête ; cette bête, dénuée d’intelligence, ne saurait plus où aller, demeurant indécise, sans avancer ni reculer.
Ibn ‘Abbâs a dit : le sens est : « Si Nous voulions, Nous les ferions périr dans leurs demeures. »
D’autres ont dit : « Si Nous voulions, Nous les métamorphoserions à l’endroit même où ils ont osé commettre le péché. »
Ibn Salâm affirme : tout cela se produira le Jour de la Résurrection ; Allâh – Très-haut – effacera leur vue sur le Sirât.
Al-Hassan, as-Sulamî, Zur ibn Hubaysh et ‘Âsim, selon la lecture d’Abû Bakr, ont lu : « makânâtihim » (leurs lieux) au pluriel ; les autres lecteurs l’ont lu au singulier.
Abû Haywah a lu : « fa-mâ istatâ‘û madhiyyan » (avec fatḥa sur le mîm). Quant à « mudiyy » (avec ḍamma sur le mîm), c’est le nom verbal de « maḍâ – yamḍî mudiyyan » : partir, s’en aller.