« Par Allah, notre Seigneur, nous n’avons jamais été des associateurs » (Al-Anʿâm : 23).
Allah scella alors leurs bouches jusqu’à ce que leurs membres se mirent à parler ; tel est l’avis rapporté d’Abû Mûsâ al-Ashʿarî.
Deuxième explication : afin que les gens rassemblés sur le lieu du Jugement les reconnaissent et qu’ils se distinguent des autres, a dit Ibn Ziyâd.
Troisième explication : parce que l’aveu émanant d’un organe qui, d’ordinaire, ne parle pas, est plus irréfutable que l’aveu du parleur, du fait qu’il relève du domaine du miracle – bien qu’en ce Jour il ne soit plus besoin de miracle.
Quatrième explication : pour que l’homme sache que ses membres, qui furent des auxiliaires dans la défense de sa propre personne, se sont mués en témoins à charge pour la cause de son Seigneur.
Si l’on demande : pourquoi le verset dit-il : « leurs mains Nous parleront et leurs pieds témoigneront », attribuant la parole aux mains et le témoignage aux pieds ?
Il est répondu : la main intervient directement dans l’action, alors que le pied n’est qu’assistant. Or, la parole de l’assistant au sujet d’autrui est un témoignage, tandis que la parole de l’agent contre lui-même est un aveu de ce qu’il a dit ou fait. C’est pourquoi le texte a qualifié ce qui provient des mains de « parole » et ce qui provient des pieds de « témoignage ».
Il est rapporté d’après ʿUqbah b. ʿÂmir qu’il a dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – dire : “Le premier os de l’homme qui parlera le Jour où les bouches seront scellées sera son fémur de la jambe gauche.” » Ce hadith est mentionné par al-Mâwardî et al-Mahdawî.
Abû Mûsâ al-Ashʿarî a, pour sa part, déclaré : « Il me semble que le premier membre à parler sera le fémur droit », propos également rapportés par al-Mahdawî.
Al-Mâwardî explique : il se peut que la cuisse précède les autres membres dans la parole parce que la saveur des désobéissances est perçue par les sens qui se trouvent dans la partie inférieure du corps, dont la cuisse fait partie ; sa proximité avec ces plaisirs justifie qu’elle devance les autres pour témoigner contre eux. Il ajoute : c’est la cuisse gauche qui précède, car le penchant charnel est plus fort du côté droit que du côté gauche ; la gauche a donc été mise en avant en raison de la moindre intensité de sa passion.
Je (l’auteur) dis : ou bien c’est l’inverse, du fait même de la prédominance de la passion ; ou bien les deux à la fois ainsi que la paume de la main, car c’est l’ensemble de ces membres qui parachève le plaisir et la jouissance. Allah est plus savant.
Parole du Très-Haut : « Et si Nous voulions, Nous effacerions leurs yeux ; alors ils se hâteraient vers le chemin, mais comment pourraient-ils voir ? » (Yâ-Sîn : 66).
Al-Kisâʾî rapporte que le verbe ṭamasa se conjugue « yaṭmisu » ou « yaṭmusu ». Chez les linguistes, al-maṭmûs et aṭ-ṭamîs désignent l’aveugle dont les yeux ne présentent aucune fente.
Ibn ʿAbbâs commente : le sens est : « Nous les aurions aveuglés quant à la guidée, si bien qu’ils ne se dirigeraient jamais vers la voie de la vérité. »
Al-Hasan et as-Suddi disent : le sens est : « Nous les aurions laissés aveugles, errant à tâtons. » Autrement dit : Nous les aurions rendus aveugles, de sorte qu’ils ne verraient plus aucune voie pour se déplacer dans leurs demeures ou ailleurs. Tel est le choix d’At-Tabarî.
Et Sa parole : « ils se hâteraient vers le chemin » signifie : ils se précipiteraient sur la voie afin de la franchir, « mais comment pourraient-ils voir ? » c’est-à-dire : d’où leur viendrait la vision ?
ʿAtâʾ, Muqâtil, Qatâdah et, selon un autre récit, Ibn ʿAbbâs ont dit : « Si Nous voulions, Nous creverions les yeux de leur égarement… »