« Ils prélevèrent une part de leurs cultures et de leurs troupeaux » (al-Anʿâm, 6 : 136), puis ils l’interdirent aux nécessiteux et dirent – par moquerie – : « Si Allah avait voulu, Il vous aurait nourris ; aussi, nous ne vous nourrirons pas avant que vous ne reveniez à notre religion. » Ils déclarèrent : « Allons-nous nourrir – c’est-à-dire pourvoir en subsistance – celui qu’Allah, s’Il l’avait voulu, aurait nourri ? »
Ils avaient en effet entendu la parole des musulmans affirmant que le Pourvoyeur est Allah ; ils rétorquèrent donc par dérision : « Allons-nous subvenir aux besoins de celui qu’Allah, s’Il l’avait voulu, aurait enrichi ? »
Selon Ibn ʿAbbâs, il y avait à La Mecque des libres-penseurs (zanādiqa). Lorsqu’on leur ordonnait l’aumône au profit des pauvres, ils répondaient : « Non, par Allah ! Est-ce qu’Allah l’appauvrit et nous, nous le nourririons ? »
Ils entendaient les croyants rapporter les actes d’Allah – Très-Haut – à Sa volonté, disant : « Si Allah veut, Il enrichira untel ; si Allah veut, Il l’honorera ; si Allah veut, il en sera ainsi. » Ils reprirent donc cette formule par moquerie envers les croyants et leur habitude de tout rattacher à la volonté d’Allah – Exalté soit-Il.
On a dit encore qu’ils avancèrent cette objection en réponse aux croyants qui leur avaient dit : « Dépensez de ce qu’Allah vous a accordé. » Autrement dit : « Puisqu’Allah nous a pourvus, Il est capable de vous pourvoir, pourquoi donc cherchez-vous votre subsistance auprès de nous ? » Or cette argumentation est infondée, car lorsqu’Allah – Exalté soit-Il – confie un bien à un serviteur et y établit un droit, c’est comme s’Il en retirait cette part ; il n’y a donc aucune pertinence à leur objection.
Ils ont certes dit vrai en affirmant : « Si Allah avait voulu, Il les aurait nourris », mais ils ont menti en tirant de cette parole un argument fallacieux. De même, Allah dit : « Les associateurs diront : “Si Allah avait voulu, nous ne Lui aurions pas donné des associés.” » (al-Anʿâm, 6 : 148), et : « Ils disent : “Nous attestons que tu es assurément le Messager d’Allah.” Allah sait que tu es vraiment Son Messager, et Allah atteste que les hypocrites sont des menteurs. » (al-Munâfiqûn, 63 : 1).
« Vous n’êtes, en vérité, que dans un égarement manifeste. » On a dit qu’il s’agit ici de la parole des mécréants aux croyants : « Vous êtes égarés pour nous demander de l’argent et pour suivre Muhammad. » C’est le sens rapporté par Muqâtil et d’autres. D’autres ont dit que c’est la parole des Compagnons – qu’Allah les agrée – adressée aux mécréants ; d’autres encore y voient la parole même d’Allah – Très-Haut – à ces derniers lorsqu’ils opposèrent cet argument.
Selon un autre avis, Abou Bakr as-Ṣiddîq – qu’Allah l’agrée – nourrissait les pauvres musulmans. Abou Jahl le rencontra et lui dit : « Ô Abou Bakr ! Prétends-tu qu’Allah est capable de nourrir ces gens ? » — « Oui. » — « Pourquoi donc ne les nourrit-Il pas ? » — « Il a éprouvé certains par la pauvreté et d’autres par la richesse ; Il a prescrit la patience aux pauvres et la générosité aux riches. » Abou Jahl s’écria : « Par Allah, ô Abou Bakr, tu n’es que dans l’égarement ! Tu prétends qu’Allah est capable de nourrir ces gens alors qu’Il ne les nourrit pas, et toi tu les nourris ? » C’est alors que fut révélé ce verset, ainsi que la parole d’Allah – Très-Haut – : « Quant à celui qui donne, qui craint (Allah) et qui tient pour véridique la plus belle promesse… » (al-Layl, 92 : 5-6) et les versets suivants.
On a encore dit que le verset concerna un groupe de zindîq : il s’y trouvait des individus qui ne croyaient pas au Créateur et se moquaient des musulmans par cette parole ; c’est ce qu’ont rapporté al-Qushayrî et al-Mâwardî.