C’est ici que se fait sentir le regret poignant.
At-Ṭabarî : Le sens est : « Ô regret qui accable les serviteurs à l’égard d’eux-mêmes, remords et affliction pour s’être moqués des Messagers – que la paix soit sur eux. »
Ibn ‘Abbâs : « Ô affliction pour les serviteurs », c’est-à-dire : ô malheur pour les serviteurs. Il rapporte aussi que ces derniers tiennent la place de ceux au sujet desquels on se lamente. Ar-Rabî‘ rapporte, d’après Anas, d’après Abû l-‘Āliyah, que « les serviteurs » désignent ici les Messagers : lorsque les mécréants virent le châtiment, ils dirent : « Ô affliction pour les serviteurs ! » ; ils se lamentèrent alors de les avoir tués et de n’avoir pas cru en eux, souhaitant la foi à un moment où la foi ne leur était plus d’aucune utilité – tel est également l’avis de Mujâhid.
Ad-Ḍaḥḥâk : il s’agit du regret des anges pour les mécréants lorsqu’ils traitèrent les Messagers de menteurs.
On a dit encore que la parole « Ô affliction pour les serviteurs » provient de l’homme qui vint du fond de la cité en courant, lorsque le peuple se jeta sur lui pour le tuer.
D’autres ont affirmé que ce sont les trois Messagers qui s’exclamèrent ainsi après que le peuple eut tué cet homme venu de l’extrémité de la ville et qu’un châtiment s’abattit sur eux : « Hélas pour ces gens ! Si seulement ils avaient cru ! »
Il a également été dit que ces paroles sont celles du peuple : après avoir tué l’homme et après le départ des Messagers – ou après avoir tué l’homme en même temps que les trois Messagers, selon les différentes versions –, ils dirent : « Ô affliction pour ces Messagers et pour cet homme ! Si seulement nous avions cru en eux au moment où la foi aurait pu nous être bénéfique ! » Ainsi se termine la discussion sur ce point, avant que le texte ne reprenne : « Il ne leur vient aucun Messager… »
Ibn Hurmuz, Muslim b. Jundub et ‘Ikrimah ont récité : « Yâ ḥasrah ʿalâ l-ʿibâd » en muant la lettre hā’ de ḥasrah, par désir de clarté et pour imprimer le sens dans l’esprit, car le contexte est à l’exhortation et à l’avertissement ; les Arabes procèdent ainsi dans une telle situation, même en l’absence de pause. De cela relève le récit selon lequel le Prophète – que les prières d’Allâh et Son salut soient sur lui – scandait sa récitation, lettre après lettre, afin d’expliciter et de faire comprendre.
Il est possible de rattacher l’expression « sur les serviteurs » directement au mot « affliction ». Il est aussi possible de la rattacher à un terme sous-entendu et non au mot « affliction » ; on suppose alors une pause après « affliction », d’où l’assourdissement de la lettre hā’, puis l’on reprend : « … sur les serviteurs », c’est-à-dire : « Je m’afflige pour les serviteurs. »
D’après Ibn ‘Abbâs, ad-Ḍaḥḥâk et d’autres : « Yâ ḥasrata l-ʿibâdi » est une construction possessive obtenue par la suppression de la préposition ‘alâ, ce qui est contraire à la graphie du muṣḥaf. On peut l’entendre comme une iḍâfa au sujet de l’agent, les serviteurs devenant alors acteurs, comme s’ils se lamentaient en voyant le châtiment – à l’instar de l’expression : « Ô le lever de Zayd ». On peut aussi la comprendre comme une iḍâfa à l’objet, les serviteurs étant alors objets du regret : ce sont eux pour lesquels on éprouve de la compassion.
La lecture de ceux qui récitent : « Yâ ḥasratan ʿalâ l-ʿibâd » vient conforter cette dernière signification.