Az-Zamakhchari dit : « Si tu demandes : pourquoi le Très-Haut fit-Il descendre des armées célestes le jour de Badr et celui du Fossé ? Il – exalté soit-Il – dit : ﴾Nous envoyâmes contre eux un vent et des troupes que vous ne vîtes point﴿ (Al-Ahzâb : 9), et : ﴾…avec trois mille anges descendus﴿ (Âl ʿImrân : 124), puis : ﴾…avec cinq mille anges portant une marque distinctive﴿ (Âl ʿImrân : 125). »
Je réponds : Un seul ange eût suffi ; les cités du peuple de Lût furent anéanties par une plume de l’aile de Jibrîl, et le territoire de Thamûd, peuple de Ṣâliḥ, le fut par un unique Cri. Or Allâh a privilégié Muḥammad – bénédiction et salut sur lui – par toute chose au-dessus de l’ensemble des prophètes et des Messagers doués de résolution, a fortiori au-dessus de Ḥabîb an-Najjâr. Il l’a honoré et élevé d’innombrables marques de noblesse qu’Il n’accorda à nul autre ; parmi celles-ci, le fait de faire descendre pour lui des armées célestes.
C’est comme s’Il faisait allusion, par Sa parole : « وما أنزلنا … وما كنَّا منزِلين », à ceci : l’envoi de troupes appartient aux faits immenses qui ne conviennent qu’à quelqu’un de ta trempe ; jamais Nous ne l’aurions fait pour un autre que toi.
﴾إن كانت إلا صيحةً واحدةً﴿ : la lecture commune porte « واحدةً » à l’accusatif ; on sous-entend : « ما كانت عقوبتهم إلا صيحةً واحدةً » – leur châtiment ne fut qu’un seul Cri.
Abû Jaʿfar Ibn al-Qaʿqâʿ, Shaybah et al-Aʿraj ont lu ici – ainsi que dans l’autre passage – « صيحةٌ » au nominatif ; et dans ﴾إن كانت إلا صيحةً واحدةً فإذا هم جميعٌ﴿ ils confèrent au verbe « kâna » le sens de « survenir, se produire », comme si le sens était : « Rien ne leur survint hormis un seul Cri ». Abû Ḥâtim et nombre de grammairiens ont rejeté cette lecture à cause de la féminisation, la jugeant faible, tout comme l’on juge faible la phrase : « ما قامت إلا هند » quand on entend dire : « Personne ne s’est levé hormis Hind ».
Abû Ḥâtim dit : « Si l’on suivait la lecture d’Abû Jaʿfar, il fallait dire : إن كان إلا صيحةٌ. » An-Naḥḥâs rétorque : « Rien de tout cela n’est inadmissible ; on dit : ما جاءتني إلا جاريتُكَ, c’est-à-dire : لم يأتني امرأةٌ أو جاريةٌ إلا جاريتُكَ. » Le sens visé dans la lecture au nominatif, selon Abû Isḥâq, est : « ما كانت عليهم صيحةٌ إلا صيحةٌ واحدةٌ » ; d’autres l’expliquent : « ما وقع عليهم إلا صيحةٌ واحدةٌ ». Le verbe « kâna » a fréquemment chez les Arabes la valeur de « se produire ».
ʿAbd ar-Raḥmân Ibn al-Aswad – et l’on rapporte qu’il en était ainsi dans le muṣḥaf d’Ibn Masʿûd – a lu : « إن كانت إلا زَقوةً واحذ ». Cette variante contredit le muṣḥaf. De plus, la forme usuelle est زَقا يَزقو pour signifier « crier » ; de là le proverbe : « Plus lourd que les zawâqî ». Dès lors, on aurait dû dire زِقوةً. C’est ce qu’a rapporté An-Naḥḥâs.