Ibn Israël, le charpentier, sculptait les idoles. Il compta parmi ceux qui crurent au Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – six cents ans avant sa mission, tout comme Tubba‘ al-Akbar, Waraqa b. Nawfal et d’autres encore. Or, nul n’avait jamais cru en un Prophète avant l’apparition de celui-ci.
Wahb rapporte : « Ḥabîb était lépreux et habitait près de la porte la plus éloignée de la cité. Il resta dévoué au culte des idoles durant soixante-dix ans, les invoquant pour que, peut-être, elles lui fassent miséricorde et dissipent son mal – sans qu’elles ne lui répondent jamais. »
Lorsque les envoyés vinrent à sa rencontre et l’appelèrent à l’adoration d’Allah, il demanda : « Un signe, serait-il possible ? » — « Oui, répondirent-ils, nous invoquerons notre Seigneur, Le Tout-Puissant, et Il t’allégera de ce qui te touche. » Il dit : « Voilà qui m’étonne ! J’ai imploré ces divinités soixante-dix ans pour qu’elles me soulagent, sans qu’elles le puissent ; comment votre Seigneur le ferait-Il en une seule matinée ? » — « Certes, notre Seigneur est Omnipotent sur ce qu’Il veut, tandis que celles-ci ne profitent ni ne nuisent en rien. »
Ḥabîb crut alors. Ils invoquèrent leur Seigneur et Allah fit disparaître son mal, comme s’il n’avait jamais souffert. Dès lors, il se mit à gagner sa subsistance ; chaque soir il distribuait la moitié de son gain en aumône, et nourrissait les siens de l’autre moitié.
Quand son peuple résolut de tuer les messagers, il se rendit auprès d’eux et déclara : « Ô mon peuple, suivez les envoyés » (Yâ-Sîn, 20).
Qatâda dit : « Il adorait Allah dans une grotte. Dès qu’il entendit parler des envoyés, il accourut. » Il demanda aux messagers : « Réclamez-vous quelque salaire pour ce que vous apportez ? » — « Non, répondirent-ils, notre rétribution appartient à Allah seul. »
Abû l-‘Âliya rapporte : Ḥabîb eut alors la conviction de leur véracité, crut en eux, puis se tourna vers son peuple en disant : « Ô mon peuple, suivez les envoyés » — c’est-à-dire : s’ils avaient été suspects, ils vous auraient demandé de l’argent — « et ils sont bien-guidés » ; suivez donc leur guidée.
« Et pourquoi ne serais-je pas adorateur de Celui qui m’a façonné ? » (v. 22). Qatâda dit : son peuple lui demanda : « Es-tu désormais sur leur religion ? » Il répondit : « Et pourquoi ne serais-je pas adorateur de Celui qui m’a créé ? »
« Et c’est vers Lui que vous serez ramenés » : il argumenta ainsi contre eux. Il rattacha l’acte de création à lui-même, car c’est là un bienfait appelant la gratitude ; et il rattacha la résurrection à eux, car c’est une menace propre à les réprimer ; ainsi l’attribution du bienfait à soi rend la reconnaissance plus manifeste, tandis que l’attribution du retour au mécréant produit un effet plus pénétrant.
« Prendrai-je, en dehors de Lui, des divinités ? » c’est-à-dire des idoles. « Si le Tout-Miséricordieux veut pour moi un mal » — l’affection qui l’avait atteint — « leur intercession ne me sera d’aucun profit, ni ne me sauveront-elles » de l’épreuve que je subis. « Je serais alors, certes, dans un égarement manifeste », c’est-à-dire dans une perte évidente.
« J’ai, certes, cru en votre Seigneur ; écoutez-moi ! » Ibn Mas‘ûd dit : il s’adressa ainsi aux messagers pour leur annoncer sa foi