Il est rapporté que lorsque ‘Issâ les chargea de se rendre dans cette cité, ils dirent : « Ô Prophète d’Allah, nous ne savons pas parler leurs dialectes ni leurs langues. » Il invoqua donc Allah en leur faveur, puis ils s’assoupirent à l’endroit même où ils se trouvaient. À leur réveil, les anges les avaient transportés et déposés dans le territoire d’Antioche, et chacun se mit à s’adresser à son compagnon dans la langue du peuple. C’est à ce propos qu’Allah dit : « Nous l’avons appuyé par l’Esprit de Sainteté » (al-Baqarah, 87).
Ils proclamèrent alors d’une seule voix : « Nous sommes, certes, envoyés vers vous. » Les habitants répondirent : « Vous n’êtes que des hommes comme nous ; vous mangez de la nourriture et vous parcourez les marchés. Le Tout-Miséricordieux n’a rien révélé – ni ordre à accomplir ni interdiction à observer. Vous ne faites que mentir dans votre prétention à la mission prophétique. »
Les messagers répliquèrent : « Notre Seigneur sait parfaitement que nous sommes bel et bien envoyés à vous, et, quand bien même vous nous traiteriez de menteurs, il ne nous incombe que la transmission claire » – à savoir l’affirmation de l’unicité d’Allah.
Les gens leur dirent alors : « Nous voyons en vous un funeste présage », c’est-à-dire nous nous estimons frappés de malheur à cause de vous. Muqâtil rapporte que la pluie leur fut retenue trois ans et qu’ils dirent : « C’est votre mauvais augure. » On dit encore que les messagers les avertirent durant dix années.
« Si vous ne cessez pas de nous admonester, nous vous lapiderons », c’est-à-dire, selon al-Farrâ’, nous vous tuerons ; la plupart des occurrences du terme « rajm » dans le Coran signifient, selon lui, le meurtre. Qatâdah entend le mot dans son sens premier : lapider à coups de pierres. D’aucuns ont dit : « Nous vous couvrirons d’injures » – toutes ces explications ont déjà été mentionnées.
« Et un châtiment douloureux, émanant de nous, vous atteindra à coup sûr. » Certains y voient la mise à mort ; d’autres, un supplice pénible ; d’autres encore, un tourment infligé avant l’exécution, tel l’écorchement, la mutilation ou la crucifixion.
Les messagers rétorquèrent : « Votre mauvais augure est avec vous », c’est-à-dire votre malchance vous accompagne ; votre part de bien ou de mal est attachée à vos cous et ne provient nullement, selon ad-Dahhâk, de notre présence. Qatâdah dit : « Vos œuvres sont avec vous. » Ibn ‘Abbâs explique qu’il s’agit de vos subsistances et de vos décrets qui vous suivent. Al-Farrâ’ commente : « Votre “oiseau” est avec vous », c’est-à-dire votre provision et votre action ; le sens reste unique.
Al-Hasan a lu : « iṭṭayrukum », c’est-à-dire votre présage funeste.
« A-t-il suffi que vous soyez exhortés… ? » – Qatâdah commente : « Dès qu’on vous rappelle (la vérité), vous y voyez un signe de malheur. »
À propos de cette expression, on recense neuf variantes de lecture :
- Les gens de Médine lisent : « Ayin dhukkirtum » en adoucissant la seconde hamza.
- Les gens de Koufa : « A’in » en maintenant les deux hamzas.
- Troisième forme : « Âa’in dhukkirtum », deux hamzas séparées par une alif afin d’éviter leur juxtaposition.
- Quatrième : « Âayin », avec hamza, alif puis hamza adoucie.
- Cinquième lecture : « Âa’an », deux hamzas ouvertes séparées par une alif.
- Sixième : « A’an », les deux hamzas ouvertes et prononcées.
Al-Farrâ’ rapporte que cette dernière est la lecture d’Abû Razîn.