Il leur envoya donc deux messagers. Ceux-ci rencontrèrent un vieillard qui faisait paître ses petites brebis ; c’était Ḥabīb an-Najjâr, le personnage cité dans la sourate « Yâ-Sîn ». Ils l’appelèrent à Allah et lui dirent : « Nous sommes les deux envoyés de ʿÎsâ ; nous t’invitons à adorer Allah Seul. »
Il leur demanda alors un signe miraculeux. Ils répondirent : « Nous guérissons les malades, par la permission d’Allah. » Or le vieil homme avait un fils possédé – certains disent qu’il était cloué au lit par la maladie. Ils posèrent leurs mains sur lui ; aussitôt, par la permission d’Allah, il se leva complètement guéri. L’homme crut alors en Allah.
On rapporte que c’est lui qui « vint du bout de la ville en courant ». La renommée des deux messagers se répandit ; ils rendirent la santé à de nombreux malades. Le roi – qui adorait les idoles – les fit mander pour les interroger. Ils déclarèrent : « Nous sommes les envoyés de ʿÎsâ. »
Le roi demanda : « Quel est votre signe ? » — « Nous rendons la vue à l’aveugle-né, nous purifions le lépreux et nous guérissons le malade, par la permission d’Allah, et nous t’appelons à n’adorer qu’Allah. » Le roi résolut alors de les frapper.
D’après Wahb, le roi les fit emprisonner et leur infligea cent coups de fouet. La nouvelle parvint à ʿÎsâ, qui dépêcha un troisième messager. On dit qu’il s’agissait de Shamʿûn aṣ-Ṣafâ, le chef des apôtres, envoyé pour leur porter secours. Il fréquenta la cour du roi jusqu’à gagner la confiance des proches du souverain ; ceux-ci parlèrent de lui au roi, qui l’apprécia, d’autant qu’il paraissait partager sa religion. Le roi se montra satisfait de sa conduite.
Un jour, Shamʿûn dit au roi : « J’ai appris que tu avais emprisonné deux hommes qui t’invitaient à Allah ; ne voudrais-tu pas t’enquérir de leur véritable situation ? » Le roi répondit : « La colère m’a empêché de les interroger. » — « Fais-les donc comparaître. » Le roi s’exécuta.
Shamʿûn leur demanda : « Quel est votre argument pour prétendre ce que vous avancez ? » — « Nous rendons la vue à l’aveugle-né et nous purifions le lépreux. » On amena alors un garçon dont les orbites étaient lisses comme un front. Les deux messagers invoquèrent leur Seigneur ; l’endroit où devait se trouver la vue s’ouvrit, ils prirent deux boulettes d’argile qu’ils placèrent dans ses cavités ; celles-ci devinrent deux globes oculaires avec lesquels il vit.
Le roi fut stupéfait et dit : « Il y a ici un garçon mort depuis sept jours que je n’ai pas encore enterré, attendant le retour de son père ; votre Seigneur peut-Il le ressusciter ? » Les messagers invoquèrent Allah à haute voix, tandis que Shamʿûn Le supplia secrètement. Le mort se leva vivant.
Il dit aux gens : « Je suis mort il y a sept jours et l’on m’a trouvé associateur ; j’ai été introduit dans sept vallées de feu. Je vous mets en garde contre ce dans quoi vous persistez ; croyez en Allah ! Puis les portes du ciel se sont ouvertes ; j’ai vu un jeune homme au visage radieux intercédant en faveur de ces trois : Shamʿûn et ses deux compagnons, jusqu’à ce qu’Allah me rende la vie. J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah, Unique, sans associé ; que ʿÎsâ est l’Esprit d’Allah et Sa Parole, et que ceux-ci sont les messagers d’Allah. » Les gens lui dirent : « Et Shamʿûn est-il avec eux ? » — « Oui, et il est le meilleur d’entre eux. »
Shamʿûn leur annonça alors qu’il était l’envoyé du Messie auprès d’eux. Ses paroles touchèrent le roi ; il l’invita à Allah et le roi crut, de même qu’un grand nombre de ses sujets, tandis que d’autres restèrent dans la mécréance. Al-Qushayrî rapporte que le roi crut, mais que son peuple ne crut pas ; Jibrîl poussa alors un cri et tous ceux des mécréants qui subsistaient périrent sur-le-champ.