Un autre homme, issu des Banî Makhzûm, saisit la pierre en disant : « Je le tuerai avec cette pierre. » Mais lorsqu’il s’approcha du Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui –, Allah enténébra sa vue ; il ne distingua donc plus le Prophète – paix et bénédictions sur lui. Il revint alors vers ses compagnons sans même les apercevoir jusqu’à ce qu’ils l’appellent. Tel est le sens du verset.
Muḥammad b. Isḥâq rapporte, dans sa version : ʿUtbah et Shaybah, fils de Rabîʿah, Abû Jahl et Umayyah b. Khalaf s’étaient assis, guettant le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – pour lui nuire. Le Prophète sortit vers eux en récitant « Yâ-Sîn », tenant de la poussière dans sa main ; il la jeta sur eux tout en récitant : « Et Nous avons placé devant eux un obstacle et derrière eux un obstacle… ». Ils courbèrent la tête jusqu’à ce qu’il fût passé près d’eux. Ce récit a déjà été mentionné dans la sûrah « Subḥân » (al-Isrâ’), et également dans la sûrah « al-Kahf » à propos du mot « saddan » – que l’on peut lire avec la voyelle ḍamma ou fatḥa, les deux formes étant correctes.
« Fa-agshaynâhum » signifie : « Nous avons couvert leur vue » ; la même explication a été donnée au début de la sûrah al-Baqarah. Ibn ʿAbbâs, ʿIkrimah et Yaḥyâ b. Yaʿmur ont lu : « fa-aʿshaynâhum » (avec ʿayn non pointée), dérivé de « ʿashâ’ » qui désigne l’affaiblissement de la vue au point de ne plus rien voir la nuit, comme dans ce vers :
« Quand tu viens chez lui, tu clignes des yeux vers la lumière de son feu. »
Allah – Très-Haut – dit également : « Et quiconque s’aveugle (yaʿshu) au rappel du Tout-Miséricordieux… » (az-Zukhruf : 36). Les deux lectures se rejoignent en sens : « Nous les avons rendus aveugles ».
On trouve le même emploi dans ce vers de poésie :
« Parmi les calamités, – qu’Allah te préserve – la terre s’est fermée devant moi de barrières ;
je ne parviens pas à trouver l’emplacement d’un ravin, entre l’eau douce et le pays de Murâd. »
« …et ils ne voient pas » : c’est-à-dire qu’ils ne discernent pas la guidée, selon Qatâdah. D’autres ont dit : il s’agit de Muḥammad lorsqu’ils complotèrent pour le tuer, comme l’a rapporté as-Suddi.
Ad-Ḍaḥḥâk explique : « Nous avons placé devant eux un obstacle » : le bas-monde ; « et derrière eux un obstacle » : l’au-delà. Autrement dit, ils sont aveugles à la Résurrection et refusent d’accepter les prescriptions dans ce monde. Allah – Très-Haut – dit : « Nous leur avons assigné des compagnons qui leur ont embelli ce qui se trouvait devant eux et derrière eux » – c’est-à-dire qu’ils leur ont enjolivé la vie d’ici-bas et les ont incités à renier l’au-delà.
Selon une autre explication : « devant eux » renvoie à l’illusion de ce monde, tandis que « derrière eux » renvoie au démenti de l’au-delà. D’autres ont inversé : « devant eux » l’au-delà, et « derrière eux » le bas-monde.
« Il leur est égal que tu les avertisses ou que tu ne les avertisses pas : ils ne croiront jamais » a déjà été exposé dans la sûrah al-Baqarah. Ce verset constitue une réfutation des Qadarites et autres sectaires.