Et Allah, le Tout-Puissant, a dit : « … jusqu’aux mentons ». Il est donc établi que ce qui est visé par là, ce sont les mains.
Quant à Sa parole : « et ils sont muqmaḥoûn », c’est-à-dire qu’ils tiennent la tête dressée sans pouvoir l’incliner, car dès lors que la main est remontée jusqu’au menton, la tête se redresse.
ʿAbd Allâh ibn Yaḥyâ rapporte qu’ʿAlî ibn Abî Tâlib — qu’Allah l’agrée — leur montra concrètement l’état d’iqmâḥ : il plaça ses deux mains sous sa barbe, les y appuya puis releva la tête. An-Naḥḥâs commente : « C’est le récit le plus noble que nous possédions sur ce point, et il provient de ce qu’a relaté al-Aṣmaʿî. »
Al-Aṣmaʿî dit : on emploie le verbe « aqmaḥat al-dâbbah » lorsqu’on tire sur la bride de la monture pour qu’elle lève la tête. An-Naḥḥâs ajoute : la lettre qâf y remplace la kâf en raison de leur proximité phonétique, comme on dit : « qahartuhu / kahartuhu » (je l’ai dominé).
Al-Aṣmaʿî poursuit : on dit aussi « akmaḥat al-dâbbah » lorsqu’on tire sur ses rênes jusqu’à ce que sa tête se redresse. Le poète a dit :
« … et la tête est muqmaḥ. »
On dit encore : « akmaḥtuhâ, akfaḥtuhâ, kabachtuhâ » — cette dernière forme seule, sans alif, selon al-Aṣmaʿî.
On emploie « qamaḥa l-baʿîr qumûḥan » lorsque le chameau relève la tête au bord du bassin et refuse de boire ; on dira alors : « c’est un chameau qâmiḥ ou qamiḥ ». De même : « Il a bu puis s’est taqammaḥa / inqamaḥa », c’est-à-dire qu’il a levé la tête et cessé de boire, rassasié.
Tes chameaux « qâmaḥat » lorsqu’ils arrivent à l’abreuvoir sans boire, levant la tête à cause d’une affection ou du froid ; on dit alors : « ibl muqâmiḥah », « baʿîr muqâmiḥ », « nâqah muqâmiḥ » ; le pluriel, irrégulier, est « qimâḥ ».
Bichr décrit un navire en ces termes :
« Nous sommes assis sur ses flancs,
baissant le regard tels des chameaux qimâḥ. »
Ainsi, l’iqmâḥ consiste à lever la tête tout en baissant le regard. On dit : « aqmaḥahu l-ghull » lorsque le carcan l’oblige, par son étroitesse, à garder la tête dressée.
Les deux mois appelés « qimâḥ » — les deux Kanûn, décembre et janvier — sont ceux où le froid est le plus rigoureux ; ils reçurent ce nom parce qu’au bord de l’eau le froid blesse les chameaux, qui relèvent alors la tête : « qâmaḥat ». De là l’expression : « qamiḥtu as-sawîq » (j’ai avalé la bouillie d’un trait).
On a aussi dit qu’il s’agit d’une parabole qu’Allah — Très-haut — leur adresse : leur refus de la guidée est comparable à celui d’un prisonnier entravé, selon Yaḥyâ ibn Sallâm et Abû ʿUbaydah.
De même qu’on dit : « Un tel est un âne », c’est-à-dire qu’il ne discerne pas la voie droite, le poète a dit :
« Des chaînes et des entraves les tiennent éloignés de la rectitude. »