[Sabaʾ : 44]
Et Il – exalté soit-Il – a dit :
« … afin que tu avertisses un peuple auquel aucun avertisseur n’est jamais venu avant toi. Peut-être se laisseront-ils guider. »
[As-Sajda : 3]
C’est-à-dire : aucun prophète ne leur était parvenu. – Selon l’avis de ceux qui soutiennent que la nouvelle des prophètes leur était pourtant parvenue, le sens est alors : les voilà maintenant détournés, feignant l’insouciance à ce sujet. L’on dit en arabe : « Untel a détourné son attention de telle chose », c’est-à-dire qu’il s’en est montré indifférent.
D’autres ont dit : « … ils sont insouciants » ; c’est-à-dire insouciants du châtiment d’Allâh.
Parole du Très-Haut :
« En vérité, la sentence s’est réalisée contre la plupart d’entre eux »
– c’est-à-dire : le châtiment s’est avéré obligatoire pour la majorité d’entre eux –
« et ils ne croiront donc pas »
à ton avertissement. Il s’agit de ceux dont Allâh savait, de toute éternité, qu’ils mourraient dans la mécréance.
Puis Il a exposé la raison de leur refus de croire :
« Nous avons placé des carcans à leurs cous… »
On rapporte que ce verset fut révélé au sujet d’Abû Jahl ibn Hishâm et de ses deux compagnons issus du clan des Makhzûm. Abû Jahl avait en effet juré : « Si je vois Muhammad en prière, je lui fracasserai la tête avec une pierre. » Lorsqu’il l’aperçut, il leva une pierre pour la lui lancer ; mais dès qu’il fit mine de la brandir, sa main se replia sur son cou et la pierre resta collée à sa paume – ainsi le rapportent Ibn ʿAbbâs, ʿIkrima et d’autres. Il s’agit là d’une image : il se trouva comme celui dont la main est enchaînée à son cou. De retour auprès des siens, il leur raconta ce qu’il venait de voir.
Alors l’un d’eux, al-Walîd ibn al-Mughîra, s’écria : « C’est moi qui lui écraserai la tête. » Il se rendit donc vers le Prophète – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui – alors qu’il priait, afin de lui lancer la pierre ; mais Allâh lui prit la vue : il entendait la voix du Prophète sans parvenir à le voir. Il revint donc auprès des siens, sans les distinguer non plus, jusqu’à ce qu’ils l’interpellassent. Il dit : « Par Allâh ! je ne l’ai pas vu, bien que j’aie entendu sa voix. »
Le troisième déclara : « Par Allâh ! c’est moi qui lui fendrai la tête. » Il prit alors la pierre et s’en alla, mais il rebroussa aussitôt chemin en reculant, jusqu’à tomber sur le dos, évanoui.
On lui demanda : « Que t’est-il arrivé ? » – « Mon affaire est grave, répondit-il ; je vis l’homme, et lorsque je m’approchai de lui, soudain un énorme chameau mâle, agitant sa queue, s’interposa entre lui et moi ; jamais je n’en avais vu de plus imposant. Par al-Lât et al-ʿUzzâ ! si je m’étais avancé encore, il m’aurait dévoré. »
C’est alors qu’Allâh, le Très-Haut, fit descendre :
« Nous avons placé des carcans à leurs cous, et ceux-ci atteignent leurs mentons si bien que leurs têtes se trouvent rejetées en arrière. »
[Ya-Sîn : 8]
Ibn ʿAbbâs récitait : « Nous avons placé [ces carcans] à leurs mains droites ».
Az-Zajjâj rapporte une lecture disant : « Nous avons placé [des carcans] à leurs mains. »
An-Naḥḥâs commente : Cette variante sert d’explication ; toutefois on ne doit réciter que conformément au muṣḥaf. Dans la lecture reçue de la majorité, il y a une ellipse : « Nous avons placé des carcans à leurs cous – et à leurs mains – qui atteignent leurs mentons ». L’expression renvoie donc aux mains et non aux cous ; les Arabes procèdent souvent à ce genre d’ellipse. On trouve un exemple similaire dans la parole : « et des tuniques qui vous protègent de la chaleur » (An-Naḥl : 81) ; le sens implicite est : « et des tuniques qui vous protègent du froid », omis parce que ce qui protège de la chaleur protège aussi du froid. De même, lorsqu’un carcan entoure le cou, il est nécessairement passé aux mains, surtout