Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Le complément (mudâf) a été élidé, tout comme il l’est dans la parole : « وَسْئَلِ الْقَرْيَةَ » (Interroge la ville) [Yûsuf : 82] ; c’est-à-dire : « Nous avons élu leur religion », puis il est resté (dans le texte) : « Nous les avons élus », le relatif revenant au nom antécédent ayant été omis, comme dans : « وَلا أَقُولُ لِلَّذِينَ تَزْدَرِي أَعْيُنُكُمْ » (Je ne dirai pas à ceux que vos yeux méprisent …) [Hûd : 31], c’est-à-dire : « que vos yeux les méprisent ». L’élection (al-iṣṭifâ’) est donc rapportée à leur religion, ainsi qu’Allâh – Très-Haut – a dit : « En vérité, Allâh a choisi pour vous la religion » [al-Baqarah : 132].

An-Naḥḥâs dit : Une troisième opinion veut que « le injuste » (ẓâlim) soit l’auteur de grands péchés, tandis que « le modéré » (muqtaṣid) est celui dont les bonnes actions ne surpassent pas ses mauvaises au point de mériter le Paradis ; de la sorte, l’expression : « des Jardins d’Éden où ils entreront » ne viserait que ceux qui se sont devancés dans les bonnes œuvres, à l’exclusion des deux autres catégories. Tel est l’avis d’un groupe de théologiens, car, linguistiquement, le pronom renvoie en priorité à l’antécédent le plus proche.

Je (l’auteur) dis : L’opinion médiane est la plus juste et la plus solide, si Allâh le veut, car ni le mécréant ni l’hypocrite n’ont été élus – louange à Allâh ! –, pas plus que leur religion n’a été élue. Tel est le jugement de six Compagnons, ce qui devrait suffire ; nous y reviendrons avec davantage d’explications dans la suite du verset.

Deuxième point : Sa parole – Très-Haut – : « أَوْرَثْنَا الْكِتَابَ » (Nous avons fait hériter le Livre) signifie : « Nous l’avons accordé ». L’héritage est, en réalité ou par métaphore, une donation, car l’expression s’emploie pour ce qui échoit à quelqu’un après le décès d’autrui. Quant au « Livre » ici, il désigne son contenu, sa science, ses jugements et ses croyances. Lorsque Allâh – Exalté soit-Il – a remis à la communauté de Muḥammad ﷺ le Coran, lequel contient la substance des Livres révélés, c’est comme s’Il avait fait hériter à cette communauté le Livre détenu par les peuples antérieurs.

« اِصْطَفَيْنَا » (Nous avons élus) signifie : « Nous avons choisis » ; le terme vient de ṣafw, la pureté exempte de trouble. Originellement : اِصْطَفَوْنَا ; la tâ’ y a été remplacée par un ṭâ’, et le wâw par un yâ’.

« مِنْ عِبَادِنَا » (parmi Nos serviteurs) : il a été dit, et c’est l’avis d’Ibn ʿAbbâs et d’autres, qu’il s’agit de la communauté de Muḥammad ﷺ. À première vue, l’expression pourrait englober tous les croyants de chaque nation ; toutefois, la formule « faire hériter le Livre » n’a concerné que la communauté de Muḥammad ﷺ, les nations premières ne l’ayant pas reçu en héritage.

D’autres ont estimé que les élus sont les prophètes, lesquels se sont transmis le Livre ; il est passé de l’un à l’autre, comme Allâh – Très-Haut – a dit : « Et Sulaymân hérita de Dâwûd » [an-Naml : 16], et : « Il m’héritera, lui, ainsi que la descendance de Yaʿqûb » [Maryam : 6]. Si la prophétie peut être héritée, le Livre également.

« فَمِنْهُمْ ظَالِمٌ لِنَفْسِهِ » : c’est celui qui s’est rendu coupable d’un péché véniel.

Ibn ʿAṭiyya dit : Et cela

مضافا حذف كما حذف المضاف في " وَسْئَلِ الْقَرْيَةَ" «١» [يوسف: ٨٢] أَيِ اصْطَفَيْنَا دِينَهُمْ فَبَقِيَ اصْطَفَيْنَاهُمْ، فَحُذِفَ الْعَائِدُ إِلَى الْمَوْصُولِ كَمَا حُذِفَ فِي قَوْلِهِ: " وَلا أَقُولُ لِلَّذِينَ تَزْدَرِي أَعْيُنُكُمْ" «٢» [هود: ٣١] أَيْ تَزْدَرِيهِمْ، فَالِاصْطِفَاءُ إِذًا مُوَجَّهٌ إِلَى دِينِهِمْ، كَمَا قَالَ تَعَالَى: " إِنَّ اللَّهَ اصْطَفى لَكُمُ «٣» الدِّينَ" [البقرة: ١٣٢] . قَالَ النَّحَّاسُ: وَقَوْلٌ ثَالِثٌ- يَكُونُ الظَّالِمُ صَاحِبُ الْكَبَائِرِ، وَالْمُقْتَصِدُ الَّذِي لَمْ يَسْتَحِقَّ الْجَنَّةَ بِزِيَادَةِ حَسَنَاتِهِ عَلَى سَيِّئَاتِهِ، فَيَكُونُ: " جَنَّاتُ عَدْنٍ يَدْخُلُونَها" لِلَّذِينَ سَبَقُوا بِالْخَيْرَاتِ لَا غَيْرَ. وَهَذَا قَوْلُ جَمَاعَةٍ مِنْ أَهْلِ النَّظَرِ، لِأَنَّ الضَّمِيرَ فِي حقيقة النظر لما يَلِيهِ أَوْلَى. قُلْتُ: الْقَوْلُ الْوَسَطُ أَوْلَاهَا وَأَصَحُّهَا إِنْ شَاءَ اللَّهُ، لِأَنَّ الْكَافِرَ وَالْمُنَافِقَ لَمْ يُصْطَفَوْا بِحَمْدِ اللَّهِ، وَلَا اصْطُفِيَ دِينُهُمْ. وَهَذَا قَوْلُ سِتَّةٍ مِنَ الصَّحَابَةِ، وَحَسْبُكَ. وَسَنَزِيدُهُ بَيَانًا وَإِيضَاحًا فِي بَاقِي الْآيَةِ. الثَّانِيَةُ- قَوْلُهُ تَعَالَى: (أَوْرَثْنَا الْكِتابَ) أَيْ أَعْطَيْنَا. وَالْمِيرَاثُ عَطَاءٌ حَقِيقَةً أَوْ مَجَازًا، فَإِنَّهُ يُقَالُ فِيمَا صَارَ لِلْإِنْسَانِ بعد موت آخر. و " الْكِتابَ" ها هنا يُرِيدُ بِهِ مَعَانِيَ الْكِتَابِ وَعِلْمِهِ وَأَحْكَامِهِ وَعَقَائِدِهِ، وَكَأَنَّ اللَّهَ تَعَالَى لَمَّا أَعْطَى أُمَّةَ مُحَمَّدٍ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ الْقُرْآنَ، وَهُوَ قَدْ تَضَمَّنَ مَعَانِيَ الْكُتُبِ الْمُنْزَّلَةِ، فَكَأَنَّهُ وَرَّثَ أُمَّةَ مُحَمَّدٍ عَلَيْهِ السَّلَامُ الْكِتَابَ الَّذِي كَانَ فِي الْأُمَمِ قَبْلَنَا. (اصْطَفَيْنا) أَيِ اخْتَرْنَا. وَاشْتِقَاقُهُ مِنَ الصَّفْوِ، وَهُوَ الْخُلُوصُ مِنْ شَوَائِبِ الْكَدَرِ. وَأَصْلُهُ اصْتَفَوْنَا، فَأُبْدِلَتِ التَّاءُ طَاءً وَالْوَاوُ يَاءً. (مِنْ عِبادِنا) قِيلَ الْمُرَادُ أُمَّةُ مُحَمَّدٍ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ وَغَيْرُهُ. وَكَانَ اللَّفْظُ يَحْتَمِلُ جَمِيعَ الْمُؤْمِنِينَ مِنْ كُلِّ أُمَّةٍ، إِلَّا أَنَّ عِبَارَةَ تَوْرِيثِ الْكِتَابِ لَمْ تَكُنْ إِلَّا لِأُمَّةِ مُحَمَّدٍ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، وَالْأُوَلُ لَمْ يَرِثُوهُ. وَقِيلَ: الْمُصْطَفَوْنَ الْأَنْبِيَاءُ، تَوَارَثُوا الْكِتَابَ بِمَعْنَى أَنَّهُ انْتَقَلَ عَنْ بَعْضِهِمْ إِلَى آخَرَ، قَالَ اللَّهُ تعالى: " وَوَرِثَ سُلَيْمانُ داوُدَ" «٤» [النمل: ١٦] ، وقال: " يَرِثُنِي وَيَرِثُ مِنْ آلِ يَعْقُوبَ" «٥» [مريم: ٦] فَإِذَا جَازَ أَنْ تَكُونَ النُّبُوَّةُ مَوْرُوثَةً فَكَذَلِكَ الْكِتَابُ. " فَمِنْهُمْ ظالِمٌ لِنَفْسِهِ" مَنْ وَقَعَ فِي صغيرة. قال أبن عطية: وهذا
(١). راجع ج ٩ ص ٢٤٥. (٢). راجع ج ٩ ص ٢٧. (٣). راجع ج ٢ ص ١٣٤ فما بعد. (٤). راجع ج ١٣ ص ١٦٣ فما بعد. (٥). راجع ج ١١ ص ٧٣ فما بعد.

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