Il s’y trouve quatre questions :
Premièrement – Ce verset est considéré comme problématique, car Il – glorifié et exalté soit-Il – a dit : « Nous avons choisi parmi Nos serviteurs », puis Il a dit : « Il y en a qui se font du tort à eux-mêmes. » Les savants, parmi les Compagnons, les Successeurs et ceux qui vinrent après eux, en ont longuement parlé.
An-Naḥḥâs rapporte : Parmi les explications les plus authentiques figure celle transmise d’Ibn ʿAbbâs au sujet de « Il y en a qui se font du tort à eux-mêmes » ; il dit : « il s’agit du mécréant. » Ce propos a été rapporté par Ibn ʿUyaynah d’après ʿAmr ibn Dînâr, d’après ʿAṭâ’, d’après Ibn ʿAbbâs, ainsi qu’une autre version d’Ibn ʿAbbâs à propos de : « Il y en a qui se font du tort à eux-mêmes, il y en a qui sont modérés, et il y en a qui devancent par les bonnes œuvres » ; il commenta : « Deux groupes seront sauvés. » En arabe, l’estimation de la phrase serait donc : « Parmi Nos serviteurs, il y a celui qui se fait du tort à lui-même », c’est-à-dire le mécréant.
Al-Ḥasan dit : « il s’agit du débauché (fâsiq). » Dès lors, le pronom de « ils y entreront » renverrait au modéré et au devancier, à l’exclusion du tyran envers lui-même. ʿIkrima, Qatâda, ad-Ḍaḥḥâk et al-Farrâ’ estiment que le « modéré » est le croyant désobéissant, tandis que le « devancier » est le pieux sans restriction.
Ils ajoutèrent : ce verset est semblable à Sa Parole dans la sourate al-Wâqiʿa : « Et vous fûtes trois catégories » (56 : 7). Ils dirent encore : il est inconcevable qu’un injuste soit compté parmi ceux qui sont choisis. Ce propos est également rapporté par Mujâhid d’après Ibn ʿAbbâs.
Mujâhid dit : « Il y en a qui se font du tort à eux-mêmes » : les gens de la gauche ; « Il y en a qui sont modérés » : les gens de la droite ; « Il y en a qui devancent par les bonnes œuvres » : les devanciers parmi l’ensemble des hommes.
Selon une autre opinion, le pronom de « ils y entreront » renvoie aux trois catégories, à condition que le « tyran » ici ne soit ni mécréant ni débauché. Cette interprétation est rapportée de ʿUmar, ʿUthmân, Abû d-Dardâ’, Ibn Masʿûd, ʿUqba ibn ʿAmr et ʿÂʾisha.
Dans cette optique, le « tyran envers lui-même » serait celui qui commet de menues fautes. Quant au « modéré », Muḥammad ibn Yazîd dit : c’est celui qui donne à la vie d’ici-bas son droit et à l’au-delà son droit ; ainsi, l’expression « Les Jardins d’Éden qu’ils habiteront » concernerait les trois groupes, selon cette explication rapportée également d’Abû Saʿîd al-Khudrî.
Kaʿb al-Aḥbâr dit : « Leurs épaules seront à la même hauteur – par le Seigneur de la Kaʿba – mais ils différeront par leurs œuvres. »
Abû Isḥâq as-Sabîʿî déclara : « D’après ce que j’entends depuis soixante ans, ils sont tous sauvés. »
Usâma ibn Zayd rapporte que le Prophète – paix et bénédictions sur lui – récita ce verset et dit : « Ils sont tous au Paradis. »
ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb récita ce verset puis dit : Le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – a dit : « Celui qui nous devance est un devancier, celui qui est modéré parmi nous est sauvé, et celui qui nous lèse est pardonné. »
Ainsi, selon cette opinion, il faut estimer l’objet du verbe « choisir » dans Sa parole : « Nous avons fait hériter le Livre à ceux de Nos serviteurs que Nous avons choisis… »