Nous en avons déjà traité (1), et cette proposition est séparée de ce qui précède. Le verbe, à l’origine, est « تُؤْزَرُ » (« tuʼzaru » : porter un fardeau) dont la wāw a été élidée par conformité avec « يَزِرُ ».
« وازِرَةٌ » est l’épithète d’un terme sous-entendu : « نَفْسٌ وازِرَةٌ », c’est-à-dire « une âme chargée de fardeaux ». De même pour l’expression :
« وَإِنْ تَدْعُ مُثْقَلَةٌ إِلى حِمْلِها »
selon al-Farrâʼ : il s’agit d’« une âme alourdie » ou d’« une monture chargée »; l’expression convient tant au masculin qu’au féminin.
Al-Akhfash explique : « Si une âme accablée appelle un homme à porter son fardeau – c’est-à-dire ses péchés… » ; ḥiml (حِمْل) désigne ce qui se trouve sur le dos, tandis que ḥaml (حَمْل) signifie la grossesse de la femme ou la charge du palmier. Al-Kisāʾī rapporte que tous deux se prononcent avec la voyelle ouverte, exclusivement; Ibn al-Sikkīt ajoute que la charge du palmier peut se dire avec la voyelle ouverte ou brisée.
« لَا يُحْمَلْ مِنْهُ شَيْءٌ وَلَوْ كانَ ذَا قُرْبى »
Selon la lecture d’al-Akhfash, le sens est : « fût-il un proche parent ». Al-Farrâʼ autorise aussi « وَلَوْ كانَ ذُو قُرْبَى ». Sibawayh le juge admissible, comme dans le verset :
« وَإِنْ كانَ ذُو عُسْرَةٍ » (al-Baqarah, 280),
ou « كانَ » prend le sens de « survenir », ou bien la khabar (prédication) est sous-entendue : « Et s’il se trouve parmi ceux que vous réclamez un débiteur dans la gêne… ».
Sibawayh rapporte la tournure : « النَّاسُ مَجْزِيُّونَ بِأَعْمَالِهِمْ إِنْ خَيْرٌ فَخَيْرٌ » ; sur ce modèle on dira aussi : « خَيْرًا فَخَيْرٌ ».
ʿIkrimah rapporte : « Il m’est parvenu que, le Jour de la Résurrection, le Juif ou le Chrétien aperçoit l’homme musulman et lui dit : “Ne t’ai-je pas rendu service ? Ne t’ai-je pas fait du bien ?” – “Si, certes.” – “Alors, fais-moi profiter [de tes mérites].” Le musulman ne cesse alors d’implorer Allah jusqu’à ce qu’une part de son châtiment soit diminuée. »
Un homme viendra vers son père, le Jour du Jugement, et dira : « Ne t’ai-je pas honoré ? N’ai-je pas eu pitié de toi ? Ne t’ai-je pas fait du bien ? Tu vois dans quelle situation je me trouve ; accorde-moi une de tes bonnes actions, ou bien porte une de mes fautes. » Le père répondra : « Ce que tu me demandes est certes peu de chose, mais je crains pour moi ce que tu redoutes toi-même. » Le père adressera la même requête à son fils et celui-ci lui répondra de la même manière.
De même l’homme dira à son épouse : « N’ai-je pas eu avec toi une conduite bienfaisante ? Porte donc une part de ma faute, peut-être serai-je sauvé. » Elle répondra : « La chose est légère en soi, mais je crains ce que tu crains. »
Puis ʿIkrimah récita :
« وَإِنْ تَدْعُ مُثْقَلَةٌ إِلى حِمْلِها لَا يُحْمَلْ مِنْهُ شَيْءٌ وَلَوْ كانَ ذَا قُرْبى »
(Faṭir, 18).
Al-Fuḍayl b. ʿIyāḍ dit : « Il s’agit de la femme qui rencontre son fils et lui dit : “Ô mon enfant ! mon ventre ne fut-il pas pour toi un réceptacle ? mon sein ne fut-il pas pour toi une gourde ? mes genoux ne furent-ils pas pour toi un coussin ?” – “Bien sûr, ô ma mère.” – “Mon fils, mes péchés m’accablent ; porte-m’en donc ne fût-ce qu’un seul.” – “Éloigne-toi de moi, ô ma mère ! j’ai trop à faire avec mes propres péchés pour prendre les tiens.”"