jusqu’à ce qu’il dise :
« Hélas ! Si seulement j’avais fait provision pour ma (véritable) vie. »
Ibn as-Sikkīt et Abū Ḥātim ont dit : « al-Gharûr désigne Satan. » Gharûr est le pluriel de gharّ, tandis que gharّ est un nom d’action (maṣdar). Al-Gharûr peut aussi être pris comme un maṣdar, mais cette interprétation est tenue pour lointaine par la plupart, à l’exception d’Abū Isḥâq, car le verbe gharrartuhu est transitif et, d’ordinaire, le maṣdar d’un verbe transitif se forme sur le modèle faʿlan, comme dans ḍarabtuhu ḍarban, à l’exception de quelques formes rares auxquelles on ne peut assimiler le reste ; ils disent, par exemple : lazimtuhu luzūman et nahakahu al-maraḍu nuhūkan.
Quant au sens du verset, la meilleure explication est celle de Saʿîd b. Jubayr : « Se laisser leurrer à propos d’Allâh consiste, pour l’homme, à persévérer dans les désobéissances tout en escomptant d’Allâh le pardon. »
La lecture majoritaire vocalise al-gharûr avec l’ouverture de la ghayn ; il s’agit alors de Satan : « Ne vous laissez pas tromper par ses suggestions lorsqu’il vous fait croire qu’Allâh passera sur vos fautes en vertu de votre prétendue valeur. »
Abū Ḥaywah, Abū Mâlik al-ʿAdawî et Muḥammad b. al-Muqaʿ ont lu al-ghurûr avec la ghayn dammée, signifiant « le faux » : « Que le faux ne vous abuse point. »
Ibn as-Sikkīt dit encore : al-ghurūr, avec damma, désigne tout ce dont on se laisse abuser parmi les biens éphémères de ce bas-monde.
Az-Zajjāj ajoute : il est également permis de considérer al-ghurūr comme le pluriel de gār, à l’instar de qāʿid / quʿūd.
An-Naḥḥās : ou comme le pluriel de gharّ ; ou encore on peut l’assimiler aux expressions : nahakahu al-maraḍu nuhūkan et lazimahu luzūman.
Az-Zamakhsharî : ou comme le maṣdar du verbe gharr-ahu, de la même façon que luzūm et nuhūk.
Sourate Fâṭir (35), versets 6-7 :
« Certes le Diable est pour vous un ennemi ; prenez-le donc pour ennemi. Il n’appelle ses partisans qu’à devenir les hôtes de la Fournaise (6).
Ceux qui ont mécru auront un châtiment sévère, alors que ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres auront pardon et énorme rétribution (7). »
Le Très-Haut dit : « Certes le Diable est pour vous un ennemi ; prenez-le donc pour ennemi », c’est-à-dire considérez-le tel, combattez-le et ne lui obéissez point. L’expulsion de votre père du Paradis atteste de son inimitié, de même que son engagement à vous égarer, selon la parole divine : « Je les égarerai certes et leur inspirerai de vains espoirs » (An-Nisâ’ : 119), et : « Je me tiendrai pour eux en embuscade sur Ton chemin droit, puis je les assaillirai de devant eux… » (Al-Aʿrâf : 16-17).
Ainsi Allâh – exalté soit-Il – nous informe que le Diable est un ennemi déclaré, nous relate son histoire et ce qu’il fit à notre père Âdam – sur lui la paix –, et comment il s’est voué à notre hostilité et à nous abuser avant même notre existence et après. Malgré cela, nous continuons à le prendre pour allié et à lui obéir dans ce qui cause notre perdition.
Al-Fuḍayl b. ʿIyâḍ disait : « Ô menteur ! … »