Et le feu consume toute chose. – «Je m’emparerai certes de sa descendance, à l’exception d’un petit nombre» (Al-Isrâʾ, 62) ; ainsi Iblîs confirma-t-il à leur sujet la conjecture qu’il avait formée.
Zayd ibn Aslam a dit : Iblîs déclara : «Ô Seigneur, vois donc ces créatures que Tu as honorées, ennoblies et placées au-dessus de moi ; Tu ne trouveras que peu d’entre elles reconnaissantes.» Ce ne fut qu’une supposition de sa part, et Iblîs trouva sa conjecture confirmée à leur encontre.
Al-Kalbî rapporte qu’il s’imagina que, s’il les égarait, ils lui répondraient, et que, s’il les entraînait dans l’erreur, ils lui obéiraient ; sa conjecture se révéla exacte.
«Ils le suivirent.» Al-Ḥasan a commenté : il ne les frappa ni de fouet ni de bâton ; il se contenta d’une supposition qui, par sa seule suggestion, se réalisa telle qu’il l’avait imaginée.
«Sauf une fraction des croyants» – l’expression est à l’accusatif, par exception. Deux avis sont alors énoncés : le premier veut qu’il s’agisse d’une partie des croyants, car nombreux sont ceux d’entre eux qui commettent des péchés et se soumettent à Iblîs dans certaines désobéissances ; autrement dit, même parmi les croyants nul ne fut épargné hormis un groupe – celui que vise la Parole du Très-Haut : «Mes serviteurs, en vérité, tu n’as aucun pouvoir sur eux» (Al-Ḥijr, 42).
Quant à Ibn ʿAbbâs, il a dit : il s’agit de tous les croyants ; «min» est alors explicative et non partitive.
On pourrait objecter : comment Iblîs a-t-il su que sa conjecture était juste alors qu’il ne connaît pas l’invisible ? Il lui sera répondu : lorsqu’il obtint gain de cause à l’encontre d’Âdam, il fut porté à croire qu’il obtiendrait pareille exécution contre sa descendance, et l’événement vint confirmer ce qu’il avait pensé. Autre réponse : la parole divine – «Suscite, par ta voix, qui tu pourras d’entre eux, lance contre eux ta cavalerie et ton infanterie» (Al-Isrâʾ, 64) – lui accorda force et capacité ; il crut dès lors pouvoir tous les dominer. Mais lorsqu’il constata qu’Allah agréa le repentir d’Âdam, qu’il aurait une descendance qui le suivrait jusqu’au Paradis, et qu’Il dit : «Mes serviteurs, tu n’as nul pouvoir sur eux, si ce n’est ceux qui te suivent parmi les dévoyés» (Al-Ḥijr, 42), il sut qu’il aurait des partisans tout comme Âdam en aurait ; il pensa alors que les siens seraient plus nombreux, en raison du pouvoir des passions qu’il tenait entre ses mains, passions déposées dans les entrailles des fils d’Âdam. Il s’employa donc à souffler ces passions en eux, à les embellir à leurs yeux, les entraînant vers elles par des mirages et des tromperies ; il confirma ainsi à leur égard la conjecture qu’il avait nourrie. Allah est plus Savant.
«Et il n’avait sur eux aucune autorité, si ce n’est afin que Nous sachions qui croit à l’au-delà et qui, à son sujet, demeure dans le doute ; et ton Seigneur est Surveillant de toute chose» (Sabaʾ, 21).
Parole du Très-Haut : «Il n’avait sur eux aucune autorité» : Iblîs ne les a pas contraints à la mécréance ; son action se limita à l’appel et à l’embellissement. Al-Sultân désigne ici la puissance ; selon un autre avis, il s’agit de l’argument : il ne possédait pour les entraîner aucune preuve qui les eût forcés à le suivre.