Cela peut être pris comme un substitut de l’expression « âyatun » (un signe), et il est également possible d’y voir le prédicat d’un mubtada’ (sujet) sous-entendu ; dans ce cas, l’arrêt de lecture se fait sur « âyatun » sans que la phrase ne soit achevée.
Az-Zajjâj a dit : le sens est : « Le signe, ce sont deux jardins ». L’expression « jannatâni » (deux jardins) est donc au nominatif, car elle constitue le prédicat d’un sujet supprimé.
Al-Farrâ’ ajoute : elle a été mise au nominatif pour expliquer le mot « âyatun ». Il est toutefois permis de mettre « âyatan » à l’accusatif en tant que khabar de « kâna » sous-entendue ; de même, en dehors du Coran, on pourrait accuser « al-jannatayni » comme prédicat.
‘Abd-ur-Raḥmân ibn Zayd dit : le signe accordé aux gens de Saba’ dans leurs demeures résidait en ceci : jamais ils n’y virent ni moustique, ni mouche, ni puce, ni pou, ni scorpion, ni serpent, ni aucune autre vermine. Lorsque des voyageurs arrivaient chez eux, portant sur leurs vêtements poux ou insectes, ceux-ci périssaient aussitôt qu’ils tournaient leur regard vers les maisons des Sabéens.
D’autres ont dit : le signe consistait précisément en ces deux jardins. Il arrivait qu’une femme y déambule avec sur la tête une corbeille, laquelle se remplissait de toutes sortes de fruits sans qu’elle eût à y toucher de la main – propos rapporté de Qatâdah. On rapporte encore que les deux jardins se trouvaient entre deux montagnes du Yémen.
Sufyân rapporte qu’on y découvrit deux palais. Sur l’un était inscrit : « Nous avons bâti Salḥîn en soixante-dix automnes d’efforts incessants » ; sur l’autre : « Nous avons bâti Ṣirwâḥ, lieu de sieste et de repos ». L’un des deux jardins se situait à droite de la vallée, l’autre à sa gauche.
Al-Qushayrî commente : par l’expression « deux jardins » il ne faut pas comprendre seulement deux en nombre, mais une droite et une gauche, c’est-à-dire que leur contrée était tapissée de vergers, d’arbres et de fruits sous l’ombre desquels les gens pouvaient se dissimuler.
« Mangez de la subsistance que votre Seigneur vous accorde » : c’est-à-dire qu’il leur fut dit « mangez », non point qu’un ordre fût formulé, mais parce qu’ils disposaient matériellement de ces bienfaits.
D’autres expliquent : les messagers leur dirent : « Allah – qu’Il soit exalté – vous a rendu ces bienfaits licites ; remerciez-Le donc par l’obéissance. »
« Min rizqi rabbikum » : c’est-à-dire des fruits de ces deux jardins.
« Wa-shkurû lahu » : remerciez-Le pour ce qu’Il vous a attribué.
« Baldaẗun ṭayyibatun » est une phrase incidentielle : « Cette cité est bonne », c’est-à-dire abondante en fruits.
Certains disent : ce n’est pas un sol salin.
D’autres : elle est saine, exempte de vermine grâce à la pureté de son air.
Mujâhid dit : il s’agit de Ṣan‘â’.
« Wa rabbun ghafûr » : et Celui qui vous en gratifie est un Seigneur Pardonneur, qui couvre vos fautes ; Il a donc réuni pour eux à la fois le pardon de leurs péchés et la douceur de leur pays – ce qu’Il n’a pas réuni pour l’ensemble de Ses créatures.
Certains avancent qu’Il a mentionné le pardon pour indiquer que la subsistance peut inclure du illicite ; cette question a déjà été abordée au début de la sûrah « Al-Baqarah ».
D’autres disent : s’Il leur rappelle Sa clémence, c’est pour souligner qu’Il les a graciés du châtiment d’extermination malgré le démenti qu’ils opposèrent aux prophètes antérieurs, jusqu’à ce qu’ils persévèrent dans l’entêtement et finissent par être anéantis.