Comment donc cette section a-t-elle pu devenir, au milieu du passage, une parole isolée destinée à d’autres qu’à elles ? Il ne s’agit en réalité que d’un fait rapporté dans les récits : lorsque ce verset fut révélé, le Prophète — paix et salut sur lui — appela ‘Alî, Fâtima, al-Ḥasan et al-Ḥusayn. Le Prophète ﷺ prit alors un manteau, les enveloppa tous, puis leva la main vers le ciel et dit :
« Ô Allâh ! Ceux-ci sont les gens de ma Maison. Ô Allâh, éloigne d’eux toute souillure et purifie-les d’une parfaite purification. »
Il s’agit donc d’une invocation du Prophète ﷺ faite en leur faveur après la descente du verset ; il voulut, par cette supplication, les faire entrer dans le verset adressé aux Épouses. Al-Kalbî et ceux qui l’ont suivi ont alors réservé le verset à eux seuls, alors qu’il ne s’agit, en vérité, que d’une invocation les concernant, extérieure au texte révélé.
Deuxièmement — Le terme « dhikr » (rappel) comporte trois acceptions :
- Souvenez-vous du bienfait : Allâh vous a placées dans des demeures où sont récités les versets d’Allâh et la sagesse.
- Méditez les versets d’Allâh, estimez-les à leur juste valeur et réfléchissez-y afin qu’ils demeurent présents à votre esprit et que vous soyez exhortées par les admonitions d’Allâh ; quiconque se trouve dans cet état doit embellir ses actes.
- « Rappelez » signifie : préservez, récitez-le et faites-le constamment sur vos langues ; autrement dit, gardez les ordres et interdictions d’Allâh — c’est ce qui est récité dans vos demeures parmi les versets d’Allâh. Allâh — exalté soit-Il — leur ordonna de rapporter ce qui était révélé du Coran dans leurs maisons, ce qu’elles voyaient des œuvres du Prophète ﷺ et entendaient de ses propos, afin qu’elles transmettent tout cela aux gens pour qu’ils agissent et prennent exemple. Cela montre qu’il est admissible, en religion, d’accepter le récit unique émanant d’un homme ou d’une femme.
Troisièmement — Ibn al-‘Arabî a dit : ce verset renferme une question remarquable : Allâh Très-Haut a ordonné à Son Prophète ﷺ de transmettre ce qui lui fut révélé du Coran et d’enseigner ce qu’Il lui apprit de la religion. Ainsi, lorsqu’il le récitait à une seule personne, ou à un groupe quelconque, son obligation s’en trouvait accomplie, et celui qui l’avait entendu se devait de le transmettre à autrui ; il ne lui incombait pas de le rapporter à l’ensemble des Compagnons. De même, après l’avoir enseigné à ses Épouses, il n’était pas tenu de sortir vers les gens pour leur dire : « Il a été révélé ceci » ou « il en a été ainsi ». De cette règle nous disons qu’il est licite d’agir d’après le ḥadith de Busrah concernant l’obligation des ablutions après avoir touché le sexe, car elle rapporta ce qu’elle entendit et transmit ce qu’elle comprit ; il n’est pas nécessaire que des hommes aient relayé ce propos, comme l’a soutenu Abû Ḥanîfa, d’autant qu’il a également été rapporté par Sa‘d ibn Abî Waqqâṣ et Ibn ‘Umar.