Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.
[Sourate al-Ahzâb (33), verset 32]
« Ô femmes du Prophète, vous n’êtes pas comme toute autre femme, si vous êtes pieuses. Ne soyez donc pas complaisantes dans votre parole, afin que celui dont le cœur est malade ne convoite pas ; et tenez des propos convenables. »
Parole du Très-Haut :
« Ô femmes du Prophète, vous n’êtes pas comme n’importe quelle femme, si vous êtes pieuses. »
C’est-à-dire : en mérite et en noblesse. Il a dit : « comme l’un (ka-aḥad) » et non pas « comme une seule (ka-wâḥidah) », car le terme « aḥad » sert de négation applicable au masculin comme au féminin, au singulier comme au pluriel. Il peut même s’employer pour ce qui n’est pas humain : l’on dit, par exemple, « il n’y a là personne, ni brebis ni chameau ». Les femmes ont été mentionnées ici de façon spécifique parce qu’il y eut, parmi celles qui les précédèrent, Âsiyah et Maryam. Qatâdah a fait allusion à cela ; la divergence au sujet de leur supériorité réciproque a déjà été exposée dans la sourate Âl-‘Imrân, qu’on s’y reporte.
Puis Il dit :
« Si vous êtes pieuses », c’est-à-dire : si vous craignez Allah. Il montre par là que leur excellence ne s’accomplit pleinement qu’à la condition de la taqwâ, en raison de la faveur qu’Allah leur a accordée : la compagnie du Messager, – que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui –, leur position éminente auprès de lui et la révélation du Coran qui est descendue à leur propos.
Parole du Très-Haut :
« Ne soyez donc pas complaisantes dans votre parole. »
Le verbe est au jussif par impératif négatif, mais bâti sur la forme du passé, selon l’avis de Sîbawayh ; c’est-à-dire : n’adoucissez pas votre voix. Allah leur ordonne que leur propos soit ferme, leur discours net, sans la douceur qui pourrait susciter dans le cœur un penchant, comme c’était l’usage des femmes arabes qui parlaient aux hommes en modulant mollement leur voix, tel le langage des suspectes et des prostituées. Il les a donc interdites d’un tel comportement.
Parole du Très-Haut :
« Afin que ne convoite pas… »
Verbe à l’accusatif en réponse à l’interdiction.
« … celui dont le cœur est malade », c’est-à-dire atteint de doute et d’hypocrisie, selon Qatâdah et as-Suddî. D’autres ont dit : il s’agit du désir de débauche, autrement dit la perversité et les propos galants ; c’est l’opinion de ‘Ikrimah, et c’est la plus correcte, l’hypocrisie n’ayant pas de place dans ce verset.
Abû Hâtim rapporte que al-A‘raj lisait : « fa-yaṭmi‘a » en ouvrant le yâ’ et en cassant la mîm. An-Naḥḥâs dit : « Je pense que c’est une erreur ; il a sans doute lu fa-yaṭma‘i, avec ouverture de la mîm et cassure de l‘ayn, en coordination avec “takhḍa‘na” ; voilà une lecture bonne et correcte. On peut également comprendre “fa-yaṭma‘a” au sens : que la complaisance ou la parole fasse naître la convoitise. »