Al-Jawharī : « Le terme ʿawra désigne toute brèche ou faille dont on redoute les conséquences dans une frontière fortifiée ou au cours d’une guerre. »
An-Naḥḥās : « On dit : “aʿwara al-makān” lorsqu’une faiblesse y devient apparente ; et l’on dit : “aʿwara al-fāris” quand on discerne chez le cavalier un point vulnérable permettant de le frapper ou de le percer. »
Al-Mahdawī : « Quant à celui qui lit le mot “ʿawra” avec la voyelle kasra sur la wāw (ʿawira), cette prononciation est rare. On relève le même phénomène dans l’expression : “rajulun ʿawir”¹ – c’est-à-dire : un homme qui ne possède rien. Selon l’analogie, le mot aurait dû subir l’apophonie et l’on aurait dit “ʿārin”, comme on dit “yawmun rāḥin”² ou “rajulun mālin”, dont l’origine est “rūḥ” et “mawl”. »
Puis Allâh – Très-Haut – dit :
« Et elle n’est pas une ʿawra (une maison vulnérable). »
C’est un démenti de leur part et une réfutation de ce qu’ils ont avancé.
« Ils ne veulent que la fuite. »
C’est-à-dire qu’ils ne recherchent que l’évasion ; certains ont dit : la fuite devant la mort, d’autres : la fuite loin de la religion.
An-Naqqāsh rapporte que ce verset fut révélé à propos de deux clans des Anṣâr : Banū Ḥāritha et Banū Salama, qui avaient songé à abandonner leurs positions le jour de la bataille du Fossé. Au sujet de ces deux groupes, Allâh – Très-Haut – fit descendre : « Quand deux de vos groupes étaient sur le point de fléchir… » (Âl ʿImrân, 122). Lorsqu’ils entendirent ce verset, ils dirent : « Par Allâh ! notre projet ne nous a point attristés, car Allâh est notre Protecteur. »
As-Suddi dit : ceux qui demandèrent permission parmi eux furent deux hommes des Anṣâr appartenant aux Banū Ḥāritha : Abû ʿArāba b. Aws et Aws b. Qayẓī. Ad-Ḍaḥḥāk ajoute : quatre-vingts hommes revinrent sans avoir obtenu l’autorisation du Prophète ﷺ.
Puis Allâh – Très-Haut – dit :
« Et si l’ennemi était entré sur eux par toutes ses issues, puis qu’on leur eût demandé la fitna (l’apostasie ou l’association), ils s’y seraient empressés, et ils ne seraient restés là que bien peu de temps. » (Al-Aḥzâb, 14)
L’expression « par toutes ses issues » renvoie aux maisons ou à la cité elle-même ; c’est-à-dire par ses côtés et ses flancs. Le singulier est quutr, qui signifie côté ou quartier ; on rencontre aussi la forme quutr, variante dialectale.
« Puis on leur eût demandé la fitna, ils s’y seraient empressés (la-ʾâtaw-hā) » : telle est la lecture abrégée (sans allongement) de Nāfiʿ et Ibn Kathîr. Les autres lecteurs allongent le verbe (la-ʾātaw-hā) : “ils l’auraient donnée”, c’est l’opinion retenue par Abû ʿUbayd et Abû Ḥâtim.
Il est rapporté dans le ḥadith que les Compagnons du Prophète ﷺ furent persécutés pour la cause d’Allâh ; on leur exigeait qu’ils commettent le shirk, et tous cédèrent à cette exigence, à l’exception de Bilâl. Ce récit constitue une preuve en faveur de la lecture avec allongement, puisqu’elle renvoie au sens d’“accorder” ou “donner”.
Quant à la lecture abrégée, elle est appuyée par la Parole divine : « Ils avaient pourtant déjà fait à Allâh le serment de ne pas tourner le dos. »
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¹ « Rajulun ʿawir » : litt. « un homme privé », c.-à-d. dénué de biens.
² « Yawmun rāḥin » : “un jour venteux ”; « rajulun mālin » : “un homme fortuné ”.