Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Saisie de stupeur devant son ennemi tant l’effroi était intense.

«…et les cœurs montèrent jusqu’aux gorges.»
C’est-à-dire qu’ils quittèrent leurs emplacements dans les poitrines au point d’atteindre les ḥanājir – les gosiers –, le singulier étant ḥanjara. Si les gorges n’avaient pas été trop étroites, ils en seraient ressortis, selon Qatāda.

Il a également été dit que l’expression relève de l’hyperbole, selon l’usage des Arabes qui sous-entendent le verbe «kāda» (être sur le point). Ainsi le poète a dit :
«Lorsque nous nous mettons en colère, d’une colère muḍarite,
nous déchirons le voile du soleil, ou bien il en coule du sang»,
c’est-à-dire : «il était sur le point d’en couler».

On dit encore : lorsque l’homme a peur, ses poumons se dilatent et le cœur remonte presque jusqu’à la gorge – image à laquelle renvoie l’expression –, et c’est pour cela que l’on dit du lâche : «son ventre s’est gonflé».

D’autres estiment qu’il s’agit d’une métaphore traduisant l’intensité de la peur : les cœurs «atteignent» les gorges, sans toutefois quitter leur place tant que la vie subsiste – explication rapportée d’Ikrima. Ḥammād b. Zayd a rapporté d’Ayyūb, d’après Ikrima : «leur frayeur avait atteint son comble». L’opinion la plus manifeste est qu’il s’agit du trouble et des battements désordonnés du cœur, comme s’il, sous l’effet de ce trouble, était monté jusqu’à la gorge.

Le terme ḥanjara – ou ḥunjur avec l’adjonction d’un nûn – appartient aux consonnes gutturales.

«…et vous nourrissiez à l’égard d’Allāh toutes sortes de suppositions.»
Al-Ḥasan a dit : les hypocrites pensaient que les musulmans allait être exterminés, tandis que les croyants s’attendaient à être secourus. Selon une autre opinion, l’adresse vise les hypocrites : «Vous avez dit : “Muḥammad et ses compagnons ont péri.”»

Les lecteurs du Coran ont divergé au sujet des termes «aẓ-ẓunūnā», «ar-rasūlā» et «as-sabīlā» (à la fin de la sourate). Nāfiʿ et Ibn ʿĀmir maintiennent l’alif aussi bien à l’arrêt qu’en liaison. Il est rapporté d’Abū ʿAmr et d’al-Kisāʾī, par attachement à l’orthographe du Muṣḥaf d’ʿUthmān – ainsi que de tous les exemplaires présents dans les différentes contrées –, qu’ils font de même, et cette lecture a été choisie par Abū ʿUbayd, sauf qu’il précise qu’il ne convient pas au lecteur d’enchaîner la récitation après ces mots : il doit s’y arrêter.

Ils ont ajouté : les Arabes procèdent ainsi dans les rimes et les clausules de leurs poèmes, comme dans ces vers :
«C’est nous qui avons conduit les chamelles fraîchement mises bas, les caravanes,
de sorte que les derniers mobilisent les premiers.»

Abū ʿAmr, al-Jaḥdarī, Yaʿqūb et Ḥamza lisent, en revanche, sans l’alif aussi bien en liaison qu’à l’arrêt, soutenant qu’elle est «surajoutée» dans l’écriture – de la même façon que l’alif ajoutée dans la parole divine : «wal-a-awḍaʿū khilālakum» [at-Tawba : 47], et ailleurs. Quant à la poésie, l’ajout relève de la nécessité, alors que le Coran représente la langue la plus éloquente et ne comporte aucune nécessité de la sorte.

Ibn al-Anbārī a conclu : celui qui lit «aẓ-ẓunūn, as-sabīl, ar-rasūl» sans alif ne contredit pas pour autant l’orthographe du Muṣḥaf.

عَدُوِّهَا دَهَشًا مِنْ فَرْطِ الْهَوْلِ. (وَبَلَغَتِ الْقُلُوبُ الْحَناجِرَ) أَيْ زَالَتْ عَنْ أَمَاكِنِهَا مِنَ الصُّدُورِ حَتَّى بَلَغَتِ الْحَنَاجِرَ وَهِيَ الْحَلَاقِيمُ، وَاحِدُهَا حَنْجَرَةٌ، فَلَوْلَا أَنَّ الْحُلُوقَ ضَاقَتْ عَنْهَا لَخَرَجَتْ، قَالَهُ قَتَادَةُ. وَقِيلَ: هُوَ عَلَى مَعْنَى الْمُبَالَغَةِ عَلَى مذهب العرب على إضمار كاد، قال: «١» إِذَا مَا غَضِبْنَا غَضْبَةً مُضَرِيَّةً هَتَكْنَا حِجَابَ الشَّمْسِ أَوْ قَطَرَتْ دَمَا أَيْ كَادَتْ تَقْطُرُ. وَيُقَالُ: إِنَّ الرِّئَةَ تَنْفَتِحُ عِنْدَ الْخَوْفِ فَيَرْتَفِعُ الْقَلْبُ حَتَّى يَكَادَ يَبْلُغُ الْحَنْجَرَةَ مَثَلًا، وَلِهَذَا يُقَالُ لِلْجَبَانِ: انْتَفَخَ سَحْرُهُ. وَقِيلَ: إِنَّهُ مَثَلٌ مَضْرُوبٌ فِي شِدَّةِ الْخَوْفِ بِبُلُوغِ الْقُلُوبِ الْحَنَاجِرَ وَإِنْ لَمْ تَزُلْ عَنْ أَمَاكِنِهَا مَعَ بَقَاءِ الحياة. قال معناه عكرمة. روى حماد ابن زَيْدٍ عَنْ أَيُّوبَ عَنْ عِكْرِمَةَ قَالَ: بَلَغَ فَزَعُهَا. وَالْأَظْهَرُ أَنَّهُ أَرَادَ اضْطِرَابَ الْقَلْبِ وَضَرَبَانَهُ، أَيْ كَأَنَّهُ لِشِدَّةِ اضْطِرَابِهِ بَلَغَ الْحَنْجَرَةَ. وَالْحَنْجَرَةُ وَالْحُنْجُورُ (بِزِيَادَةِ النُّونِ) حَرْفُ الْحَلْقِ. (وَتَظُنُّونَ بِاللَّهِ الظُّنُونَا) قَالَ الْحَسَنُ: ظَنَّ الْمُنَافِقُونَ أَنَّ الْمُسْلِمِينَ يُسْتَأْصَلُونَ، وَظَنَّ الْمُؤْمِنُونَ أَنَّهُمْ يُنْصَرُونَ. وَقِيلَ: هُوَ خِطَابٌ لِلْمُنَافِقِينَ، أَيْ قُلْتُمْ هَلَكَ مُحَمَّدٌ وَأَصْحَابُهُ. واختلف القراء في قوله تعالى: " الظُّنُونَا" ، و " الرَّسُولَا" ، و " السَّبِيلَا" آخِرُ السُّورَةِ، فَأَثْبَتَ أَلِفَاتِهَا فِي الْوَقْفِ وَالْوَصْلِ نَافِعٌ وَابْنُ عَامِرٍ. وَرُوِيَ عَنْ أَبِي عَمْرٍو وَالْكِسَائِيِّ تَمَسُّكًا بِخَطِ الْمُصْحَفِ، مُصْحَفِ عُثْمَانَ، وَجَمِيعِ الْمَصَاحِفِ فِي جَمِيعِ الْبُلْدَانِ. وَاخْتَارَهُ أَبُو عُبَيْدٍ، إِلَّا أَنَّهُ قَالَ: لَا يَنْبَغِي لِلْقَارِئِ أَنْ يُدْرِجَ الْقِرَاءَةَ بَعْدَهُنَّ لَكِنْ يَقِفُ عَلَيْهِنَّ. قَالُوا: وَلِأَنَّ الْعَرَبَ تَفْعَلُ ذَلِكَ فِي قَوَافِي أَشْعَارِهِمْ وَمَصَارِيعِهَا، قَالَ: نَحْنُ جَلَبْنَا الْقُرَّحَ «٢» الْقَوَافِلَا ... تَسْتَنْفِرُ الْأَوَاخِرُ الْأَوَائِلَا وَقَرَأَ أَبُو عَمْرٍو وَالْجَحْدَرِيُّ وَيَعْقُوبُ وَحَمْزَةُ بِحَذْفِهَا فِي الْوَصْلِ وَالْوَقْفِ مَعًا. قَالُوا: هِيَ زَائِدَةٌ فِي الْخَطِّ كَمَا زِيدَتِ الْأَلِفُ في قوله تعالى: " وَلَأَوْضَعُوا «٣» خِلالَكُمْ" [التوبة: ٤٧] فَكَتَبُوهَا كَذَلِكَ، وَغَيْرِ هَذَا. وَأَمَّا الشِّعْرُ فَمَوْضِعُ ضَرُورَةٍ، بِخِلَافِ الْقُرْآنِ فَإِنَّهُ أَفْصَحُ اللُّغَاتِ وَلَا ضَرُورَةَ فِيهِ. قَالَ ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ: وَلَمْ يُخَالِفِ الْمُصْحَفَ مَنْ قَرَأَ. " الظُّنُونَ. وَالسَّبِيلَ. وَالرَّسُولَ" بِغَيْرِ ألف
(١). القائل هو بشار بن برد. (٢). القرح: جمع القارح وهي الناقة أول ما تحمل. (٣). هذا يدل على أن رسم المصحف: (ولا؟؟؟) بزيادة ألف. [ ..... ]

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