Avec un groupe de musulmans, ils occupèrent la brèche par laquelle les cavaliers ennemis avaient pénétré, tandis que la cavalerie adverse se dirigeait vers eux. Quant à ‘Amr b. ‘Abd Wudd, les blessures qu’il avait reçues à Badr l’avaient tenu éloigné de la bataille d’Uḥud ; mais, le jour du Fossé, il voulait montrer sa vaillance. Lorsqu’il s’arrêta, lui et son cheval, il lança :
« Qui se mesure à moi ? »
‘Alî b. Abî Ṭâlib s’avança alors et lui dit :
« Ô ‘Amr, il nous est rapporté que tu as fait un pacte avec Allah : chaque fois que l’on t’appelle à l’une de deux options, tu en acceptes nécessairement une. Est-ce exact ? »
— « Oui. »
— « Je t’invite donc à Allah et à l’Islam. »
— « Je n’en ai nul besoin. »
— « Alors, je t’appelle au duel. »
— « Ô fils de mon frère, par Allah, je n’aime pas te tuer en souvenir des liens qui m’unissaient à ton père. »
— « Par Allah, moi, j’aime te tuer ! » répondit ‘Alî.
‘Amr s’échauffa, mit pied à terre, abattit son cheval, puis avança vers ‘Alî. Les deux champions descendirent chacun de leur monture, croisèrent le fer et un nuage de poussière s’éleva qui les cacha. Lorsque la poussière se dissipa, on aperçut ‘Alî, debout sur la poitrine de ‘Amr, lui tranchant la tête. Voyant cela, les cavaliers ennemis franchirent la brèche à toute allure et s’enfuirent en déroute.
‘Alî — qu’Allah l’agrée — récita alors :
« Il a défendu des pierres, fruit d’un avis insensé,
tandis que j’ai défendu la religion de Muḥammad par mes coups.
Je l’ai affronté, puis je l’ai laissé gisant,
tel un tronc couché parmi dunes friables et tertres élevés.
Je me suis abstenu de prendre ses vêtements ; si j’avais été besogneux,
j’aurais dépouillé son cadavre de ses habits.
Ne pensez point qu’Allah délaissera Sa religion
ni Son Prophète, ô rassemblement des Coalisés ! »
Ibn Hishâm remarque : la plupart des savants du Sîra mettent en doute l’attribution de ces vers à ‘Alî.
Il rapporte encore qu’Ikrima b. Abî Jahl, fuyant après la mort de ‘Amr, jeta sa lance. Al-Ḥassân b. Thâbit composa à ce propos :
« Il a fui en nous lançant sa lance ;
peut-être, Ikrima, ne l’as-tu même pas fait !
Tu t’es enfui courant comme l’autruche effarouchée,
sans dévier du chemin le plus direct.
Tu n’as pas osé tourner la tête, rassuré ;
on aurait dit que ta nuque était celle d’un renardeau. »