Le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – reçut alors cette révélation : « Place ta confiance en Allah ; Allah suffit comme Protecteur. » C’est-à-dire : Il te suffira contre ce que tu redoutes de leur part. L’expression « par Allah » (bi-llāh) est au nominatif, car elle joue le rôle de sujet, tandis que le mot « Protecteur » (wakīlan) est à l’accusatif, employé soit comme terme explicatif, soit comme qualificatif circonstanciel.
[Coran, S. Al-Aḥzâb (33), v. 4]
« Allah n’a pas mis à un homme deux cœurs dans sa poitrine ; Il n’a pas fait que vos épouses, que vous comparez à vos mères en prononçant la ẓihâr, soient réellement vos mères ; Il n’a pas fait non plus que vos fils adoptifs soient vos véritables fils. Ce ne sont là que vos propos tenus par vos bouches ; Allah, Lui, dit la Vérité et Il guide vers la voie droite. »
Ce verset comporte cinq questions juridiques :
Premièrement – Mujâhid rapporte : il fut révélé au sujet d’un homme des Quraychites que l’on surnommait « l’homme aux deux cœurs » à cause de sa grande ruse. Il affirmait : « J’ai dans ma poitrine deux cœurs ; avec chacun d’eux je raisonne mieux que Muhammad. » On précise qu’il appartenait au clan de Fihr.
Al-Wâḥidî, al-Qushayrî et d’autres encore disent : le verset fut révélé au sujet de Jamîl ibn Maʿmar al-Fihrî, homme doté d’une mémorisation exceptionnelle. Les Quraychites disaient : « Personne ne peut retenir toutes ces choses s’il n’a pas deux cœurs. » Lui-même disait : « Je possède deux cœurs avec lesquels je raisonne mieux que Muhammad. »
Lorsque les polythéistes furent vaincus à Badr, Jamîl ibn Maʿmar était parmi eux. Abû Sufyân le vit dans la caravane ; il tenait l’une de ses sandales à la main tandis que l’autre était restée à son pied. Abû Sufyân lui demanda :
– « Que fait l’armée ? » – « Elle s’est débandée. »
– « Pourquoi donc tiens-tu une sandale à la main et l’autre est-elle à ton pied ? »
Il répondit : « Je ne me suis rendu compte de rien ; je pensais que les deux étaient à mes pieds. » Ce jour-là, ils comprirent que, s’il avait vraiment eu deux cœurs, il n’aurait pas oublié la sandale qu’il tenait.
Al-Suhaylî précise : Jamîl ibn Maʿmar al-Jumaḥî – fils de Maʿmar ibn Ḥabîb ibn Wahb ibn Ḥudhâfa ibn Jumah, Jumah s’appelant en réalité Taym – était surnommé « l’homme aux deux cœurs » ; c’est à son propos que le verset fut révélé. Un poète a dit à son sujet :
« Comment pourrais-je demeurer à Médine après que Jamîl ibn Maʿmar y eut assouvi son désir ? »
J’ai rapporté ainsi ce qu’ils ont dit de Jamîl ibn Maʿmar.
Al-Zamakhsharî mentionne pour sa part : Jamîl ibn Asad al-Fihrî.
Ibn ʿAbbâs dit : la raison de la révélation est qu’un des hypocrites affirma : « Muhammad a deux cœurs, car il arrive qu’il soit absorbé par une chose, puis s’en détache… »