Le seul fait de le mentionner, fut-ce sans autre qualificatif, montre qu’on use à son sujet de périphrases et qu’on répugne à le nommer explicitement ; on dira ainsi : « l’animal aux longues oreilles », tout comme on emploie des euphémismes pour les choses rebutantes.
On compte même parmi les manquements aux convenances que le nom de l’âne soit prononcé dans l’assemblée d’hommes doués de noblesse et de dignité. Certains Arabes refusent, par dédain, de monter un âne, fût-ce au prix de devoir marcher à pied. Quant au Prophète — que les bénédictions et le salut d’Allâh soient sur lui —, il le montait par humilité et soumission envers Allâh, Béni et Exalté.
Quatrième point : le verset fournit la preuve de la laideur qu’il y a à hausser la voix lorsqu’on s’adresse aux autres ou que l’on polémique, en assimilant cette laideur à celle du braiment des ânes, braiment dont la sonorité est particulièrement forte.
Dans le Ṣaḥîḥ, il est rapporté du Prophète — صلى الله عليه وسلم — qu’il a dit : « Lorsque vous entendez le braiment des ânes, demandez protection auprès d’Allâh contre le Diable, car ils ont vu un démon. »
Il est également transmis qu’aucun âne ne brait, ni aucun chien n’aboie, si ce n’est parce qu’il a aperçu un démon. Sufyân ath-Thawrî a dit : « Le cri de toute créature est une glorification d’Allâh, à l’exception du braiment des ânes. » ‘Atâ’ a déclaré : « Le braiment des ânes est une invocation contre les injustes. »
Cinquième point : ce verset constitue un enseignement divin invitant à renoncer aux cris jetés au visage des gens — par mépris pour eux — ou même à délaisser les cris de façon générale. Les Arabes, en effet, se vantaient de posséder une voix claire et puissante ; plus la voix d’un homme était forte, plus son rang était élevé, alors que celui qui parlait à voix basse était considéré comme vil. Leur poète a dit :
« Sa parole est retentissante, retentissant aussi son éternuement,
retentissante son allure, retentissant son troupeau ;
il court sans fatigue tel l’autruche mâle,
et surpasse les hommes par une stature accomplie. »
Allâh, glorifié soit-Il, a interdit cette attitude caractéristique de l’époque d’ignorance par Sa parole : « Le plus détestable des bruits est assurément le braiment des ânes. » Autrement dit, si quelque créature devait être redoutée en raison de son cri, ce serait bien l’âne ; Il les place ainsi, eux et l’âne, sur le même plan dans l’exemple.
Sixième point : dans l’expression « la voix des ânes », la particule « la » sert d’insistance. Le terme « voix » est employé au singulier, bien qu’annexé à un pluriel, car il s’agit d’un nom d’action (maṣdar) qui, par nature, indique la multiplicité. Ce maṣdar provient du verbe ṣāta, yaṣûtu, ṣawtan (« émettre un son »), d’où le qualificatif ṣâʾit (« bruyant »). On dit encore : ṣawwata taṣwîtan, « il a crié », d’où muṣawwit (« celui qui crie »). On qualifie aussi un homme de ṣât, c’est-à-dire « d’une voix puissante », équivalent de ṣâʾit, comme on dit : « des hommes māl wa nāl », c’est-à-dire riches en biens et en dons.