Et l’abandon de ce qui ne me concerne pas – telle est la parole de ʿAbd ar-Raḥmân ibn Zayd ibn Jâbir.
Khalid ar-Rabaʿî a dit : « Luqmân était charpentier. Un jour, son maître lui ordonna : “Égorge-moi une brebis et apporte-moi ses deux morceaux les plus savoureux.” Il revint avec la langue et le cœur.
— “N’y avait-il donc rien de meilleur que ces deux-là ?” lui demanda-t-il. Luqmân garda le silence.
Puis le maître lui commanda d’égorger une autre brebis et ajouta : “Jette-moi maintenant les deux morceaux les plus mauvais.” Il jeta la langue et le cœur.
— “Je t’avais demandé de me rapporter les deux meilleurs morceaux et tu m’as apporté la langue et le cœur ; puis je t’ai ordonné de rejeter les deux pires et tu as également rejeté la langue et le cœur ?”
Il répondit : “Rien n’est meilleur qu’eux lorsque qu’ils sont bons, et rien n’est plus mauvais qu’eux lorsqu’ils se corrompent.” »
Je [l’auteur] dis : ce sens est élevé (marfûʿ) dans plus d’un ḥadîth, entre autres la parole du Prophète — que les prières et la paix d’Allâh soient sur lui :
« N’est-ce pas qu’il est dans le corps un morceau de chair ; s’il est sain, tout le corps est sain, et s’il est corrompu, tout le corps est corrompu ; n’est-ce pas qu’il s’agit du cœur. »
Concernant la langue, de nombreux ḥadiths authentiques et célèbres ont été rapportés, parmi eux celui-ci :
« Quiconque Allâh préserve du mal de deux choses entrera au Paradis : [le mal] de ce qui se trouve entre ses deux mâchoires(1) et de ce qui se trouve entre ses deux jambes… » — fin du ḥadîth.
Les sentences de Luqmân sont nombreuses et réputées ; celle-ci en fait partie. On lui demanda : « Quels sont les pires des gens ? » Il répondit : « Celui qui ne se soucie pas d’être vu des gens en train de mal agir. »
Je dis : ce sens aussi est élevé, car le Prophète — que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui — a dit :
« Tous les membres de ma communauté seront absous, à l’exception de ceux qui manifestent leurs péchés publiquement. L’étalage consiste pour un homme à commettre une action durant la nuit, qu’Allâh couvre, puis à se lever au matin en disant : “Ô untel, j’ai fait hier soir telle et telle chose”, alors qu’il a passé la nuit couvert par son Seigneur et qu’au matin il retire le voile qu’Allâh avait posé sur lui. » Rapporté par Abû Hurayrah, consigné par al-Bukhârî.
Wahb ibn Munabbih a dit : « J’ai lu de la sagesse de Luqmân ce qui pèse plus lourd que dix mille chapitres. »
Il est rapporté qu’il entra auprès de Dâwûd — sur lui la paix — alors que celui-ci forgeait des cuirasses ; Allâh avait rendu le fer malléable pour lui comme de l’argile. Luqmân voulut l’interroger, mais la sagesse le retint et il se tut.
Lorsque Dâwûd eut terminé, il la revêtit et dit : « Quelle excellente armure pour la guerre que tu es ! » Luqmân s’exclama : « Le silence est sagesse, mais rares sont ceux qui l’observent. » Dâwûd lui dit alors : « C’est à juste titre que l’on t’a nommé “sage”. »
Parole du Très-Haut : « (an) Remercie Allâh » — il y a à ce propos deux analyses :
- Le terme « an » est explicatif, au sens de : « c’est-à-dire », autrement dit : « Nous lui avons dit : remercie. »
- Il se trouve à la place d’un accusatif, le verbe entrant dans sa proposition, comme l’a illustré Sîbawayh : « Je lui ai écrit pour qu’il se lève », bien que, d’après lui, cette lecture soit lointaine.
Az-Zajjâj a dit : « Le sens est : “En vérité, Nous avons certes accordé à Luqmân…”. »
(1) Les deux mâchoires : les os qui portent les dents dans la bouche.