Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Doué d’une certitude inébranlable, Luqmân aima Allah — glorifié soit-Il — et Allah l’aima en retour. Il le combla alors de la sagesse et lui proposa, s’Il le voulait, de faire de lui un khalifa qui jugerait avec équité.
Il répondit : « Seigneur, si Tu me laisses le choix, j’accepte la sauvegarde (al-‘âfiyah) et je me dispense de l’épreuve ; mais si Tu l’imposes à mon encontre, j’entendrai et j’obéirai, car Tu ne manqueras pas de me préserver. » (Ibn ‘Atiyya.)
Ath-Tha‘labî ajoute : Les anges lui dirent d’une voix qu’il n’apercevait pas : « Pourquoi, ô Luqmân ? » Il répondit : « Parce que le gouvernant occupe la position la plus rude et la plus trouble ; l’opprimé se présente devant lui de tous côtés. S’il est secondé, il est, à juste titre, sauvé ; mais s’il se fourvoie, il manque la voie du Paradis. Mieux vaut être humble en ce bas-monde que d’y être considéré. Quiconque préfère la vie d’ici-bas à l’Au-delà sera rejeté par ce bas-monde même et ne parviendra pas à l’Au-delà. » Les anges furent émerveillés de la beauté de ses propos. Il s’endormit ; on lui accorda alors la sagesse, et lorsqu’il se réveilla, il s’exprimait avec elle.
Après lui, Dâwûd fut appelé ; il accepta la fonction — c’est-à-dire la khilâfa — sans poser les conditions exigées par Luqmân. Il tomba dans la faute plus d’une fois, mais Allah lui pardonna chaque fois. Luqmân, pour sa part, l’épaulait de sa sagesse. Dâwûd lui dit : « Bienheureux es-tu, ô Luqmân ! Tu as reçu la sagesse et l’épreuve t’a été épargnée ; à Dâwûd est revenue la khilâfa, et il a été éprouvé par l’affliction et la tentation. »
Qatâda rapporte : « Allah — Très-Haut — laissa Luqmân choisir entre la prophétie et la sagesse ; il préféra la sagesse. Gibrîl, sur lui la paix, vint à lui pendant son sommeil, répandit sur lui la sagesse, si bien qu’à son réveil il la professait. » On lui demanda : « Comment as-tu choisi la sagesse plutôt que la prophétie alors que ton Seigneur t’avait laissé le choix ? » Il répondit : « Si Allah m’avait envoyé la prophétie comme un ordre péremptoire, j’aurais compté sur Son aide ; mais Il m’a laissé libre, et j’ai craint de faillir à la prophétie. La sagesse m’a donc été préférable. »
Les avis divergent sur son métier. On dit qu’il était tailleur (Sa‘îd b. al-Musayyab). Il dit un jour à un homme noir : « Ne sois pas peiné d’être noir. Des meilleurs des hommes comptaient trois Noirs : Bilâl, Mihja‘ le mawla de ‘Umar, et Luqmân. » On raconte aussi qu’il coupait chaque jour un fagot de bois pour son maître.
À quelqu’un qui le dévisageait, il dit : « Si tu me trouves aux lèvres épaisses, sache qu’il en sort une parole délicate ; et si tu me vois noir, mon cœur, lui, est blanc. »
On dit encore qu’il fut berger. Un homme qui le connaissait auparavant le rencontra et lui demanda : « N’es-tu pas l’esclave de telle famille ? » — « Si. » — « Qu’est-ce qui t’a élevé jusqu’à ce que je vois ? » Il répondit : « Le décret d’Allah, l’acquittement de la confiance et la véracité du propos. »

حَسَنَ الْيَقِينِ، أَحَبَّ اللَّهَ تَعَالَى فَأَحَبَّهُ، فَمَنَّ عَلَيْهِ بِالْحِكْمَةِ، وَخَيَّرَهُ فِي أَنْ يَجْعَلَهُ خَلِيفَةً يَحْكُمُ بِالْحَقِّ، فَقَالَ: رَبِّ، إِنْ خَيَّرْتِنِي قَبِلْتُ الْعَافِيَةَ وَتَرَكْتُ الْبَلَاءَ، وَإِنْ عَزَمْتَ عَلَيَّ فَسَمْعًا وَطَاعَةً فَإِنَّكَ سَتَعْصِمُنِي، ذَكَرَهُ ابْنُ عَطِيَّةَ. وَزَادَ الثَّعْلَبِيُّ: فَقَالَتْ لَهُ الْمَلَائِكَةُ بِصَوْتٍ لَا يَرَاهُمْ: لِمَ يَا لُقْمَانُ؟ قَالَ: لِأَنَّ الْحَاكِمَ بِأَشَدِ الْمَنَازِلِ وَأَكْدَرِهَا، يَغْشَاهُ الْمَظْلُومُ مِنْ كُلِّ مَكَانٍ، إِنْ يُعَنْ فَبِالْحَرِيِّ «١» أَنْ يَنْجُوَ، وَإِنْ أَخْطَأَ أَخْطَأَ طَرِيقَ الْجَنَّةِ. وَمَنْ يَكُنْ فِي الدُّنْيَا ذَلِيلًا [فَذَلِكَ «٢» ] خَيْرٌ مِنْ أَنْ يَكُونَ فِيهَا شَرِيفًا. وَمَنْ يَخْتَرِ الدُّنْيَا عَلَى الْآخِرَةِ نَفَتْهُ الدُّنْيَا وَلَا يُصِيبُ الْآخِرَةَ. فَعَجِبَتِ الْمَلَائِكَةُ مِنْ حُسْنِ مَنْطِقِهِ، فَنَامَ نَوْمَةً فَأُعْطِيَ الْحِكْمَةَ فَانْتَبَهَ يَتَكَلَّمُ بِهَا. ثُمَّ نُودِيَ دَاوُدُ بَعْدَهُ فَقَبِلَهَا- يَعْنِي الْخِلَافَةَ- وَلَمْ يَشْتَرِطْ مَا اشْتَرَطَهُ لُقْمَانُ، فَهَوَى فِي الْخَطِيئَةِ غَيْرَ مَرَّةٍ، كُلُّ ذَلِكَ يَعْفُو اللَّهُ عَنْهُ. وَكَانَ لُقْمَانُ يُوَازِرُهُ بِحِكْمَتِهِ، فَقَالَ لَهُ دَاوُدُ: طُوبَى لَكَ يَا لُقْمَانُ! أُعْطِيتَ الْحِكْمَةَ وَصُرِفَ عَنْكَ الْبَلَاءُ، وَأُعْطِيَ دَاوُدُ الْخِلَافَةَ وَابْتُلِيَ بِالْبَلَاءِ وَالْفِتْنَةِ. وَقَالَ قَتَادَةُ: خَيَّرَ اللَّهُ تَعَالَى لُقْمَانَ بَيْنَ النُّبُوَّةِ وَالْحِكْمَةِ، فَاخْتَارَ الْحِكْمَةَ عَلَى النُّبُوَّةِ، فَأَتَاهُ جِبْرِيلُ عَلَيْهِ السَّلَامُ وَهُوَ نَائِمٌ فَذَرَّ عَلَيْهِ الْحِكْمَةَ فَأَصْبَحَ وَهُوَ يَنْطِقُ بِهَا، فَقِيلَ لَهُ: كَيْفَ اخْتَرْتَ الْحِكْمَةَ عَلَى النُّبُوَّةِ وَقَدْ خَيَّرَكَ رَبُّكَ؟ فَقَالَ: إِنَّهُ لَوْ أَرْسَلَ إِلَيَّ بِالنُّبُوَّةِ عَزْمَةً «٣» لَرَجَوْتُ فِيهَا الْعَوْنَ مِنْهُ، وَلَكِنَّهُ خَيَّرَنِي فَخِفْتُ أَنْ أَضْعُفَ عَنِ النُّبُوَّةِ، فَكَانَتِ الْحِكْمَةُ أَحَبَّ إِلَيَّ. وَاخْتُلِفَ فِي صَنْعَتِهِ، فَقِيلَ: كَانَ خَيَّاطًا، قَالَهُ سَعِيدُ بْنُ الْمُسَيَّبِ، وَقَالَ لِرَجُلٍ أَسْوَدَ: لَا تَحْزَنْ مِنْ أَنَّكَ أَسْوَدُ، فَإِنَّهُ كَانَ مِنْ خَيْرِ النَّاسِ ثَلَاثَةٌ مِنَ السُّودَانِ: بِلَالٌ وَمِهْجَعٌ مَوْلَى عُمَرَ وَلُقْمَانُ. وَقِيلَ: كَانَ يَحْتَطِبُ كُلَّ يَوْمٍ لِمَوْلَاهُ حُزْمَةَ حَطَبٍ. وَقَالَ لِرَجُلٍ يَنْظُرُ إِلَيْهِ: إِنْ كُنْتَ تَرَانِي غَلِيظَ الشَّفَتَيْنِ فَإِنَّهُ يَخْرُجُ مِنْ بَيْنِهِمَا كَلَامٌ رَقِيقٌ، وَإِنْ كُنْتَ تَرَانِي أَسْوَدَ فَقَلْبِي أَبْيَضُ. وَقِيلَ: كَانَ رَاعِيًا، فَرَآهُ رَجُلٌ كَانَ يَعْرِفُهُ قَبْلَ ذَلِكَ فَقَالَ لَهُ: أَلَسْتَ عَبْدَ بَنِي فُلَانٍ؟ قَالَ بَلَى. قَالَ: فَمَا بَلَغَ بِكَ مَا أَرَى؟ قَالَ: قَدَرُ الله، وأدائي الأمانة، وصدق الحديث،
(١). يقال: فلان حرى بكذا، وحرى بكذا وحرى بكذا، وبالحري أن يكون كذا، أي جدير وخليق. (٢). زيادة يقتضيها السياق. (٣). عزائم الله: فرائضه التي أوجبها على عباده.

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