[Sourate Luqmân (31), versets 10-11]
« Il a créé les cieux sans piliers visibles pour vous. Il a implanté dans la terre des ancrages (montagnes) afin qu’elle ne vacille pas avec vous ; Il y a disséminé toutes sortes d’êtres vivants ; et Nous avons fait tomber du ciel une eau par laquelle Nous avons fait germer sur terre toute espèce de couple noble.
Tel est la création d’Allah ! Montrez-Moi donc ce qu’ont créé, en dehors de Lui, ceux que vous Lui associez. Non ! Les injustes sont certes dans un égarement manifeste. »
Commentaire
« Il a créé les cieux sans piliers que vous voyez » : l’expression « que vous voyez » (tarawnahâ) peut, grammaticalement, être au génitif comme qualificatif de « piliers » ; auquel cas il est possible qu’il existe bel et bien des piliers mais que vous ne puissiez les voir. Elle peut aussi être à l’accusatif, en fonction circonstancielle reliée aux « cieux » ; il n’y aurait alors absolument aucun pilier.
An-Naḥḥâs rapporte avoir entendu ʿAlî b. Sulaymân dire : la première opinion incline à considérer la phrase comme indépendante, et qu’il n’existe pas de piliers ; c’est l’avis de Makkî. Ainsi, l’arrêt oratoire se ferait sur « sans piliers ». Cette question a déjà été traitée dans la sourate « ar-Raʿd ».
« Il a jeté dans la terre des rawâsi » : c’est-à-dire des montagnes fermement implantées.
« Afin qu’elle ne penche pas » (an tamîda) : le terme est à l’accusatif avec le sens : par crainte qu’elle ne penche. Les grammairiens koufiens l’expliquent par « pour qu’elle ne penche pas ».
« Il y a disséminé toute espèce d’être vivant, Nous avons fait descendre du ciel une eau et, par elle, Nous avons fait pousser toute espèce de couple noble » : Ibn ʿAbbâs dit : « de toute couleur agréable ». Aš-Šaʿbî l’a appliqué aux êtres humains, puisqu’ils sont créés de la terre : « Celui d’entre eux qui ira au Paradis est noble ; celui qui ira au Feu est vil. » D’autres ont dit que la goutte de sperme est créée de poussière, et l’apparence du Coran l’indique.
Parole d’Allah : « Tel est la création d’Allah » : nominale, où « création » prend le sens de « créature » ; autrement dit : « Tout ce que Je viens d’énumérer sous vos yeux est la créature d’Allah », qu’Il a réalisée sans associé.
« Montrez-Moi, ô associateurs, ce qu’ont créé ceux en dehors de Lui » : c’est-à-dire vos idoles.
« Mais les injustes » – c’est-à-dire les polythéistes – « sont dans un égarement évident », une perte flagrante.
Le mot « mâ » est ici interrogatif, en position de sujet ; son prédicat est « dhâ » (celui), qui signifie « ce que/ce qui ». Le terme « khalqu » renvoie à un pronom sous-entendu : « Montrez-Moi quelle chose ceux qui sont en dehors de Lui ont créée. » L’ensemble de la proposition est à l’accusatif, dépendant de l’impératif « montrez-Moi », et le pronom complément est implicite avec « khalqu ».