Troisièmement – Se livrer de façon permanente au chant est une frivolité qui entraîne la récusation du témoignage ; si cette pratique n’est pas continue, le témoignage n’est pas rejeté.
Ishâq b. ‘Isâ al-Tabbâ‘ rapporte : « J’ai interrogé Mâlik b. Anas au sujet de l’indulgence que les gens de Médine accordent au chant ; il répondit : “Chez nous, seuls les dépravés s’y adonnent.” »
Abû al-Tayyib Tâhir b. ‘Abd Allâh al-Tabarî relate : « Quant à Mâlik b. Anas, il a interdit le chant et son audition, et il a dit : “Si un homme achète une esclave et découvre qu’elle est chanteuse, il lui est permis de la restituer pour vice caché.” Tel est l’avis de l’ensemble des savants de Médine, à l’exception d’Ibrâhîm b. Sa‘d ; Zakariyyâ al-Sâjî rapporte en effet qu’il ne voyait là aucun inconvénient. »
Ibn Khuwayz Mandâd déclare : « S’agissant de Mâlik, on rapporte qu’il connaissait parfaitement cet art, pourtant sa doctrine en proscrit l’usage. Il aurait dit : “J’ai appris cette discipline alors que j’étais un jeune garçon. Ma mère me dit : Ô mon fils, cet art convient à celui qui a un visage avenant, et tu ne l’es point ; tourne-toi donc vers les sciences religieuses.” Je me joignis alors à Rabî‘a, et Allah a mis dans cela un bien. »
Abû al-Tayyib al-Tabarî ajoute : « Quant à l’école d’Abû Hanîfa, elle réprouve le chant – tout en considérant licite la consommation de nabîdh – et range l’écoute du chant parmi les péchés. Il en va de même pour l’ensemble des savants de Kûfa : Ibrâhîm, al-Sha‘bî, Hammâd, al-Thawrî et d’autres, sans aucune divergence entre eux. De même, chez les savants de Basra, nul désaccord n’est connu sur la réprobation et l’interdiction du chant, excepté ce qui est rapporté de ‘Ubayd Allâh b. al-Hasan al-‘Anbarî, selon qui il n’y avait là aucun mal. »
Il poursuit : « Quant à l’école d’al-Shâfi‘î, il a déclaré : “Le chant est déconseillé, il s’apparente au faux. Quiconque s’y adonne abondamment est un insensé dont le témoignage est récusé.” »
Abû al-Faraj al-Jawzî rapporte, de son imam Ahmad b. Hanbal, trois versions. Il dit : « Nos compagnons ont rapporté d’Abû Bakr al-Khallâl et de son condisciple ‘Abd al-‘Azîz qu’ils autorisaient le chant, mais ils faisaient allusion aux poèmes ascétiques (qasâ’id zuhdiya) en vogue à leur époque. C’est ainsi qu’il faut comprendre les propos qu’Ahmad n’a pas désapprouvés. »
La preuve en est qu’on interrogea Ahmad au sujet d’un homme qui mourut en laissant un enfant et une esclave chanteuse ; l’enfant ayant besoin de la vendre, il répondit : « Qu’elle soit vendue comme esclave ordinaire, et non comme chanteuse. » On lui dit : « Elle vaut trente mille, alors que, vendue comme esclave ordinaire, elle ne vaudra peut-être que vingt mille ? » Il répondit : « Qu’elle ne soit vendue qu’en tant qu’esclave ordinaire. »
Abû al-Faraj conclut : « Ahmad a tenu ces propos parce que cette esclave chanteuse ne chantait pas des poèmes ascétiques, mais des vers mélodieux propres à susciter la passion amoureuse. »