Je dis : telle est l’opinion la plus élevée qui ait été émise à propos de ce verset, et Ibn Masʿoûd jura par Allah – Lui en dehors de qui il n’est d’autre divinité – à trois reprises que cela désigne bel et bien le chant.
Saʿîd ibn Jubayr rapporte, d’après Abû aṣ-Ṣahbâ’ al-Bakrî, qu’on interrogea ʿAbdullâh ibn Masʿoûd au sujet de la parole du Très-Haut : « Et parmi les gens, il en est qui acquièrent des propos futiles… ». Il répondit : « C’est le chant, par Allah, Celui en dehors de qui il n’est point de divinité ! », et il le répéta trois fois. On rapporte également d’Ibn ʿUmar qu’il s’agit du chant ; c’est aussi l’avis de ʿIkrima, Maymûn ibn Mihrân et Makḥûl.
Shuʿba et Sufyân ont relaté, d’après al-Ḥakam et Ḥammâd, d’après Ibrâhîm, que ʿAbdullâh ibn Masʿoûd a dit : « Le chant fait germer l’hypocrisie dans le cœur. » Mujâhid a tenu le même propos et a ajouté : « Le “propos futile” visé par le verset est l’écoute du chant et de tout ce qui lui ressemble parmi les choses vaines. »
Al-Ḥasan a déclaré : le « propos futile » ce sont les instruments de divertissement et le chant. Al-Qâsim ibn Muḥammad a dit : « Le chant est vanité, et la vanité est vouée au Feu. »
Ibn al-Qâsim rapporte : « J’ai interrogé Mâlik à ce sujet ; il répondit : Allah – Très-Haut – dit : « Qu’y a-t-il donc après la vérité sinon l’égarement ? » (Yûnus, 32). S’agirait-il donc de vérité ? »
Al-Bukhârî intitula un chapitre : « Tout divertissement est vain lorsqu’il détourne de l’obéissance à Allah – et (parmi les exemples) celui qui dit à son compagnon : “Viens, je te parie…” », citant ensuite la parole du Très-Haut : « Et parmi les gens, il en est qui acquièrent des propos futiles pour égarer, sans savoir, hors du chemin d’Allah, et qui prennent celui-ci en dérision. » Son expression : « lorsqu’il détourne de l’obéissance à Allah » est déduite du verset : « … pour égarer (les gens) du chemin d’Allah. »
Al-Ḥasan a dit encore : il s’agit de la mécréance et de l’association. D’autres ont interprété le verset à propos des récits dont se divertissent les gens du faux et du jeu.
On a dit qu’il fut révélé au sujet d’An-Naḍr ibn al-Ḥârith : il avait acheté des livres persans, tels que ceux de Rustum et d’Isfandiyâr, puis s’asseyait à La Mecque ; lorsque les Quraychites disaient : « Muḥammad a raconté telle chose », il se moquait de lui et leur narrait les histoires des rois de Perse en affirmant : « Mon récit est meilleur que celui de Muḥammad. » C’est ce qu’ont rapporté al-Farrâ’, al-Kalbî et d’autres.
On a également avancé qu’il achetait des chanteuses ; chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un qui voulait embrasser l’Islam, il l’emmenait chez sa chanteuse en disant : « Donne-lui à manger, donne-lui à boire et chante-lui », ajoutant : « Ceci est meilleur que ce à quoi t’invite Muḥammad : la prière, le jeûne et le combat à ses côtés. » Cette explication, comme la première, fait clairement apparaître le sens littéral de « l’achat ».
Un autre groupe a soutenu que le terme « acheter » dans ce verset est employé par métaphore ; le verset viserait en réalité les conversations des Quraychites, leur désinvolture à l’égard de l’Islam et leur plongée dans la fausseté.
Ibn ʿAṭiyya conclut : « Il s’agissait donc d’abandonner ce qu’il est obligatoire de faire pour se complaire dans ces turpitudes. »