Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Dans le Premier Livre – c’est-à-dire le décret primordial – celui qui y a été inscrit comme malheureux vivra jusqu’à ce que la Plume divine écrive à son sujet et qu’il en vienne à rompre, par le polythéisme, le pacte qui avait été conclu avec lui dans les reins d’Âdam. Quant à celui qui, dans ce même Premier Livre, a été inscrit comme bienheureux, il vivra jusqu’à ce que la Plume rédige son arrêt et qu’il devienne effectivement bienheureux.

Les enfants des musulmans qui meurent avant que la Plume n’écrive (leur acte) seront avec leurs pères au Paradis. En revanche, les enfants des polythéistes qui meurent avant l’intervention de la Plume ne seront pas avec leurs propres pères, car ils sont morts sur le pacte originel conclu dans les reins d’Âdam sans l’avoir rompu. Tel est l’avis d’un groupe d’exégètes ; il permet de concilier les hadiths sur la question.

Ainsi, la parole du Prophète – que la bénédiction et le salut d’Allāh soient sur lui –, lorsqu’on l’interrogea au sujet des enfants des polythéistes et qu’il répondit : « Allāh sait mieux ce qu’ils auraient fait », signifie : s’ils avaient atteint l’âge de raison.

Cette interprétation est, en outre, étayée par le hadith rapporté par al-Bukhârî d’après Samura ibn Jundub – le long hadith de la vision –, où le Prophète – paix et salut sur lui – dit :
« Quant à l’homme de grande taille qui se trouve dans le jardin, c’est Ibrâhîm – sur lui la paix – ; quant aux enfants qui l’entourent, ce sont tous les nouveau-nés qui naissent sur la fitra. »
On lui dit alors : « Ô Messager d’Allāh, et les enfants des polythéistes ? » Il répondit : « Aussi les enfants des polythéistes. » Ce texte tranche la divergence et constitue le hadith le plus authentique reçu dans ce chapitre ; les autres récits comportent des défauts et ne figurent pas dans les recueils des imâms-jurisconsultes, comme l’a affirmé Abû ‘Umar ibn ‘Abd al-Barr.

Il a également été rapporté, dans un hadith d’Anas, que l’on questionna le Messager d’Allāh – paix et salut sur lui – au sujet des enfants des polythéistes. Il répondit :
« Ils n’ont pas d’œuvres méritoires pour qu’ils en soient récompensés et deviennent des rois du Paradis, ni de mauvaises actions pour qu’ils en soient châtiés et deviennent des gens du Feu ; ils seront donc les serviteurs des habitants du Paradis. »
Ce récit a été mentionné par Yahyâ ibn Sallâm dans son Tafsîr. Nous avons développé davantage cette question dans notre ouvrage at-Tadhkira, et nous avons cité, dans al-Mughtabas fî Sharḥ Muwattâ’ Mâlik ibn Anas, ce qu’Abû ‘Umar a relaté à ce sujet – qu’Allāh soit loué.

Isḥâq ibn Râhawayh rapporte : « Yahyâ ibn Âdam nous a narré ; Jarîr ibn Ḥâzim, d’après Abû Rajâ’ al-‘Uṭâridî, a dit : J’ai entendu Ibn ‘Abbâs déclarer : “L’affaire de cette communauté demeurera harmonieuse et proche de la rectitude – ou une expression semblable – tant qu’ils ne se mettront pas à parler ou à spéculer sur le sort des enfants et sur le décret divin (al-Qadar).” »
Yahyâ ibn Âdam ajoute : « J’ai rapporté ces propos à Ibn al-Mubârak, qui dit : ‘Un homme doit-il se taire tout en restant dans l’ignorance ?’ Je lui demandai : ‘Ordonnes-tu donc la discussion ?’ Il se tut. »

Abû Bakr al-Warrâq a commenté l’expression : « Fitra d’Allāh, selon laquelle Il a créé les gens », en disant : « Il s’agit de la pauvreté et du besoin. » Cette explication est excellente, car l’homme, depuis sa naissance jusqu’à sa mort, demeure pauvre et nécessiteux – certes ! – et il le sera encore dans l’Au-delà.

الْكِتَابِ الْأَوَّلِ، فَمَنْ كَانَ فِي الْكِتَابِ الْأَوَّلِ شَقِيًّا عَمَّرَ حَتَّى يَجْرِيَ عَلَيْهِ الْقَلَمُ فَيَنْقُضَ الْمِيثَاقَ الَّذِي أُخِذَ عَلَيْهِ فِي صُلْبِ آدَمَ بِالشِّرْكِ، وَمَنْ كَانَ فِي الْكِتَابِ الْأَوَّلِ سَعِيدًا عَمَّرَ حَتَّى يَجْرِيَ عَلَيْهِ الْقَلَمُ فَيَصِيرُ سَعِيدًا، وَمَنْ مَاتَ صَغِيرًا مِنْ أَوْلَادِ الْمُسْلِمِينَ قَبْلَ أَنْ يَجْرِيَ عَلَيْهِ الْقَلَمُ فَهُمْ مَعَ آبَائِهِمْ فِي الْجَنَّةِ، وَمَنْ كَانَ مِنْ أَوْلَادِ الْمُشْرِكِينَ فَمَاتَ قَبْلَ أَنْ يَجْرِيَ عَلَيْهِ الْقَلَمُ فَلَيْسَ يَكُونُونَ مَعَ آبَائِهِمْ، لِأَنَّهُمْ مَاتُوا عَلَى الْمِيثَاقِ الْأَوَّلِ الَّذِي أُخِذَ عَلَيْهِمْ فِي صُلْبِ آدَمَ وَلَمْ يَنْقُضِ الْمِيثَاقَ. ذَهَبَ إِلَى هَذَا جَمَاعَةٌ مِنْ أَهْلِ التَّأْوِيلِ، وَهُوَ يَجْمَعُ بَيْنَ الْأَحَادِيثِ، وَيَكُونُ مَعْنَى قَوْلِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ لَمَّا سُئِلَ عَنْ أَوْلَادِ الْمُشْرِكِينَ فَقَالَ: (اللَّهُ أَعْلَمُ بِمَا كَانُوا عَامِلِينَ) يَعْنِي لَوْ بَلَغُوا. وَدَلَّ عَلَى هَذَا التَّأْوِيلِ أَيْضًا حَدِيثُ الْبُخَارِيِّ عَنْ سَمُرَةَ بْنِ جُنْدُبٍ عَنِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ- الْحَدِيثُ الطَّوِيلُ حَدِيثُ الرُّؤْيَا، وَفِيهِ قَوْلُهُ عَلَيْهِ السَّلَامُ: (وَأَمَّا الرَّجُلُ الطَّوِيلُ الَّذِي فِي الرَّوْضَةِ فَإِبْرَاهِيمُ عَلَيْهِ السَّلَامُ، وَأَمَّا الْوِلْدَانُ حَوْلَهُ فَكُلُّ مَوْلُودٍ يُولَدُ عَلَى الْفِطْرَةِ) . قَالَ فَقِيلَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، وَأَوْلَادُ الْمُشْرِكِينَ؟ فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: (وَأَوْلَادُ الْمُشْرِكِينَ) . وهذا نص يرفع الخلاف، وهو أصح شي رُوِيَ فِي هَذَا الْبَابِ، وَغَيْرُهُ مِنَ الْأَحَادِيثِ فِيهَا عِلَلٌ وَلَيْسَتْ مِنْ أَحَادِيثِ الْأَئِمَّةِ الْفُقَهَاءِ، قَالَهُ أَبُو عُمَرَ بْنُ عَبْدِ الْبَرِّ. وَقَدْ رُوِيَ مِنْ حَدِيثِ أَنَسٍ قَالَ: سُئِلَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ عَنْ أَوْلَادِ الْمُشْرِكِينَ فَقَالَ: (لَمْ تَكُنْ لَهُمْ حَسَنَاتٌ فَيُجْزَوْا بِهَا فَيَكُونُوا مِنْ مُلُوكِ الْجَنَّةِ، وَلَمْ تَكُنْ لَهُمْ سَيِّئَاتٌ فَيُعَاقَبُوا عَلَيْهَا فَيَكُونُوا مِنْ أَهْلِ النَّارِ، فَهُمْ خَدَمٌ لِأَهْلِ الْجَنَّةِ) ذَكَرَهُ يَحْيَى بن سلام في التفسير له. وقد زِدْنَا هَذِهِ الْمَسْأَلَةَ بَيَانًا فِي كِتَابِ التَّذْكِرَةِ، وَذَكَرْنَا فِي كِتَابِ الْمُقْتَبَسِ فِي شَرْحِ مُوَطَّأِ مَالِكِ بْنِ أَنَسٍ مَا ذَكَرَهُ أَبُو عُمَرَ مِنْ ذَلِكَ، وَالْحَمْدُ لِلَّهِ. وَذَكَرَ إِسْحَاقُ بْنُ رَاهْوَيْهِ قَالَ: حَدَّثَنَا يَحْيَى بْنُ آدَمَ قَالَ: أَخْبَرَنَا جَرِيرُ بْنُ حَازِمٍ عَنْ أَبِي رَجَاءٍ الْعُطَارِدِيِّ قَالَ: سَمِعْتُ ابْنَ عَبَّاسٍ يَقُولُ: لَا يَزَالُ أَمْرُ هَذِهِ الْأُمَّةِ مُوَاتِيًا أَوْ مُتَقَارِبًا- أَوْ كَلِمَةً تُشْبِهُ هَاتَيْنِ- حَتَّى يَتَكَلَّمُوا أَوْ يَنْظُرُوا فِي الْأَطْفَالِ وَالْقَدَرِ. قَالَ يَحْيَى بْنُ آدَمَ فَذَكَرْتُهُ لِابْنِ الْمُبَارَكِ فَقَالَ: أَيَسْكُتُ الْإِنْسَانُ عَلَى الْجَهْلِ؟ قُلْتُ: فَتَأْمُرُ بِالْكَلَامِ؟ قَالَ فَسَكَتَ. وقال أبو بكر الوراق: " فِطْرَتَ اللَّهِ الَّتِي فَطَرَ النَّاسَ عَلَيْها" هِيَ الْفَقْرُ وَالْفَاقَةُ، وَهَذَا حَسَنٌ، فَإِنَّهُ مُنْذُ وُلِدَ إِلَى حِينِ يَمُوتُ فَقِيرٌ مُحْتَاجٌ، نَعَمْ! وَفِي الْآخِرَةِ.

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