Je dis :
Plus d’un spécialiste parmi les vérificateurs – au nombre desquels Ibn ʿAṬiyya dans son Tafsîr, ainsi que notre maître Abû al-ʿAbbâs – a adopté l’avis retenu par Abû ʿUmar et qu’il a étayé par la preuve, concernant le sens de la fitra.
Ibn ʿAṬiyya a dit :
« Le sens sur lequel il convient de se baser pour expliquer ce terme est qu’il désigne la nature et la disposition qui se trouvent dans l’âme de l’enfant ; elle est préparée et disposée à discerner, grâce à elle, les créatures d’Allah – Très-haut –, à inférer par elle l’existence de son Seigneur, à connaître Ses prescriptions et à croire en Lui.
C’est comme si, – Exalté soit-Il – avait dit : “Dirige ton visage vers la religion qui est la droiture (al-ḥanîfiyya) ; tel est la fitra d’Allah, pour laquelle Il a façonné les hommes en les y préparant. Toutefois, des causes contingentes viennent les atteindre.” »
Il en est de même de la parole du Prophète – paix et salut sur lui :
« Tout nouveau-né vient au monde sur la fitra ; ce sont ensuite ses parents qui en font un juif ou un chrétien. »
La mention des parents n’est ici qu’un exemple parmi les nombreux facteurs extérieurs qui surviennent.
Notre shaykh s’est exprimé en ces termes :
« Allah – Très-haut – a créé les cœurs des fils d’Adam aptes à recevoir la vérité, tout comme Il a créé leurs yeux et leurs oreilles aptes aux perceptions visibles et audibles. Tant qu’ils demeurent sur cette capacité et sur cette aptitude, ils saisissent la vérité et la religion de l’Islam, qui est la religion véridique. »
La validité de cette interprétation est confirmée par la parole prophétique :
« De même que la bête met bas une bête parfaitement entière ; y remarquez-vous quelque mutilée ? »
C’est-à-dire : l’animal met au monde son petit complet, sain de toute tare. S’il était laissé sur cet état originel, il resterait intact, exempt de défaut. Mais on intervient : on lui coupe l’oreille, on marque son visage ; surviennent alors infirmités et manques, si bien qu’il s’écarte de l’état originel. Il en est ainsi de l’être humain : l’analogie est exacte et son aspect est manifeste.
Je poursuis :
Cette opinion concorde, quant au fond, avec la première : elle concerne l’époque suivant le discernement, lorsque les hommes comprennent les affaires de ce monde et que la preuve d’Allah s’est établie contre eux par les signes apparents : la création des cieux et de la terre, du soleil et de la lune, de la terre ferme et de la mer, l’alternance de la nuit et du jour. Lorsque leurs passions eurent agi sur eux, les démons vinrent les appeler au judaïsme et au christianisme, entraînant leurs désirs à droite et à gauche.
Quant à ceux qui meurent en bas âge, ils sont tous au Paradis – j’entends l’ensemble des enfants – car, lorsque Allah – Très-haut – fit sortir la descendance d’Adam de ses reins sous forme de particules, ils reconnurent Sa seigneurie. C’est ce qu’indique Sa parole :
« Et lorsque ton Seigneur prit, des reins des fils d’Adam, leur descendance
et les fit témoigner contre eux-mêmes : “Ne suis-Je pas votre Seigneur ?” Ils dirent : “Mais si, nous en témoignons”. » (al-Aʿrâf : 172).
Ensuite Il les fit retourner dans la lombaire d’Adam après qu’ils eurent attesté de Sa seigneurie et que nul autre que Lui n’est digne d’adoration ; puis il est inscrit pour le serviteur, dans le ventre de sa mère, s’il sera malheureux ou heureux