Les Byzantins.
Ikrima et d’autres ont relaté que, lorsque Shahr Bâzân eut vaincu les Byzantins, il dévasta leurs territoires jusqu’à atteindre le Golfe. Son frère Farrukhân déclara alors : « Je me vois déjà assis sur le trône de Kisrâ. » Kisrâ écrivit aussitôt à Shahr Bâzân : « Envoie-moi la tête de Farrukhân. » Celui-ci s’abstint d’exécuter l’ordre.
Kisrâ adressa ensuite aux Perses la lettre suivante : « J’ai désormais établi Farrukhân comme gouverneur sur vous et j’ai destitué Shahr Bâzân. » Il écrivit encore à Farrukhân que, dès son entrée en fonction, il devait mettre Shahr Bâzân à mort. Farrukhân résolut donc de tuer Shahr Bâzân ; mais ce dernier produisit trois missives de Kisrâ l’enjoignant, à lui, de tuer Farrukhân.
Shahr Bâzân dit alors à son frère : « Kisrâ m’a écrit par trois fois pour que je te mette à mort, et je n’ai cessé d’intercéder en ta faveur ; voudrais-tu, toi, me tuer sur la foi d’une seule lettre ? » Il restitua donc la royauté à son frère. Par la suite Shahr Bâzân écrivit à César, souverain des Byzantins, et tous deux s’allièrent contre Kisrâ ; les Byzantins finirent par vaincre les Perses et Kisrâ mourut. La nouvelle parvint au Prophète — que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur lui — le jour d’al-Hudaybiyah, et les musulmans qui l’accompagnaient s’en réjouirent.
C’est à ce propos qu’Allah — Très-Haut — dit : « Alif - Lâm - Mîm. Les Byzantins ont été vaincus dans la contrée la plus proche… », c’est-à-dire la terre du Shâm.
Ikrima précise : à Adhruʿât, située entre les pays arabes et le Shâm.
Il a également été dit que César avait envoyé un homme du nom de Yaḥannas, tandis que Kisrâ avait dépêché Shahr Bâzân ; ils se rencontrèrent à Adhruʿât et à Busrâ, aux confins du Shâm, du pays des Arabes et de celui des Perses.
Mujâhid affirme que la bataille eut lieu dans al-Jazîrah, région sise entre l’Irak et le Shâm.
Muqâtil parle, lui, du Jourdain et de la Palestine. L’expression « adnā » signifie « la plus proche ».
Ibn ʿAtiyya commente : si l’affrontement s’est déroulé à Adhruʿât, c’est bien le territoire le plus proche par rapport à La Mecque ; c’est ce lieu qu’évoque Imru’ l-Qays dans ce vers :
« De Adhruʿât et de ses habitants j’aperçus la clarté ; à Yathrib, leur demeure la plus proche, s’élevait un regard hautain. »
Si la bataille eut lieu dans al-Jazîrah, c’est la zone la plus proche de la terre de Kisrâ ; et si c’était au Jourdain, c’est alors le territoire le plus proche des Byzantins.
Lorsque cet événement survint et que les Byzantins furent défaits, les mécréants s’en réjouirent. Allah annonça alors à Ses serviteurs que les Byzantins allaient l’emporter et que la victoire dans la guerre leur reviendrait.
Les propos relatifs aux lettres introductives des sourates (al-muqaṭṭaʿât) ont déjà été exposés. Abû Saʿîd al-Khudrî, ʿAlî ibn Abî Tâlib et Muʿâwiya ibn Qurra ont lu « ghulabat ar-Rûm » — avec l’ouverture de la ghayn et du lâm. Selon cette lecture, ce qui s’était produit le jour de Badr est que les Byzantins avaient été vainqueurs ; les mécréants de Quraysh en furent affligés et les musulmans s’en réjouirent. Allah — exalté soit-Il — annonça alors à Ses serviteurs qu’eux aussi vaincraient dans quelques années. Cette exégèse a été rapportée par Abû Hâtim.
Abû Jaʿfar an-Naḥḥâs dit :