Deuxièmement – An-Naqqâch rapporte, dans l’exégèse de ce verset, d’après Ash-Shaʿbî, qu’il déclara : « Le Prophète – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui – ne quitta pas ce monde avant d’avoir écrit. » Il transmet également, avec sa chaîne, le ḥadîth d’Abû Kasha as-Salûlî, dont la teneur est que le Prophète – paix et salut sur lui – lut un écrit destiné à ʿUyayna ibn Ḥiṣn et en exposa le contenu.
Ibn ʿAṭiyya dit : « Tout cela est faible, et l’avis d’al-Bâjî – qu’Allâh lui fasse miséricorde – procède de ces récits. »
Je dis : Dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, dans le ḥadîth d’al-Barâ’ relatif au traité de Ḥudaybiyya, il est mentionné que le Prophète – paix et salut sur lui – dit à ʿAlî : « Rédige la clause entre nous : “Au nom d’Allâh, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. Ceci est ce sur quoi s’est accordé Muḥammad, Messager d’Allâh.” » Les polythéistes répliquèrent : « Si nous savions que tu es réellement le Messager d’Allâh, nous te suivrions – dans une autre version : nous te prêterions allégeance –, mais écris plutôt : “Muḥammad fils d’ʿAbdullâh.” » Il ordonna alors à ʿAlî de l’effacer ; mais ʿAlî dit : « Par Allâh, je ne l’effacerai pas. »
Le Messager d’Allâh – paix et salut sur lui – dit : « Montre-moi l’endroit. » ʿAlî le lui montra ; le Prophète l’effaça donc et écrivit à la place : « fils d’ʿAbdullâh ».
Nos savants – qu’Allâh les agrée – ont dit : Le sens apparent indique qu’il – paix et salut sur lui – effaça de sa propre main l’expression « Messager d’Allâh » et inscrivit à sa place « fils d’ʿAbdullâh ». Al-Bukhârî a rapporté l’épisode d’une manière plus explicite encore, disant : « Le Messager d’Allâh – paix et salut sur lui – prit l’écrit et écrivit. » Il ajouta, dans une autre voie : « alors qu’il ne savait pas écrire. »
Un groupe de savants – parmi lesquels As-Samanânî, Abû Dharr et al-Bâjî – ont admis la lettre du texte, estimant qu’il écrivit effectivement de sa main. Ils jugèrent que cela ne portait nullement atteinte à son statut d’ummî ni ne contredisait la parole divine : « Tu ne récitais auparavant aucun Livre, ni ne l’écrivais de ta main droite » ni son propre propos : « Nous sommes une communauté illettrée : nous n’écrivons ni ne comptons. » Bien au contraire, ils y virent un surcroît à ses miracles, un renfort à la véracité de son message : il écrivit sans avoir appris l’écriture ni recouru à ses moyens. Allâh – Très-Haut – fit simplement jaillir de sa main et de sa plume des mouvements d’où naquirent des traits lisibles « fils d’ʿAbdullâh ». Ce fut là une rupture avec l’habitude, tout comme il reçut la science des premiers et des derniers sans apprentissage ni acquisition. Cela constitue, dès lors, un miracle plus éloquent encore et un mérite plus grand. Son qualificatif d’ummî ne disparaît pas pour autant ; c’est pourquoi le narrateur, décrivant la scène, précise : « alors qu’il ne savait pas écrire. » Il demeure donc ummî alors même qu’il est rapporté qu’il écrivit.
Notre maître Abû al-ʿAbbâs Aḥmad ibn ʿUmar a dit : « Nombreux sont ceux qui ont rejeté cette opinion… »