[Sourate de l’Araignée (29), versets 46-47]
« Et ne débattez avec les Gens du Livre que de la façon la plus convenable, sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes. Dites : “Nous croyons à ce qui a été révélé à nous et à ce qui a été révélé à vous ; notre Dieu et votre Dieu est Un, et c’est à Lui que nous nous soumettons.” (46)
Ainsi, Nous t’avons fait descendre le Livre ; ceux à qui Nous avons donné l’Écriture y croient, et parmi ceux-ci il en est qui y croient également ; seuls les mécréants renient Nos signes. (47)
Il y a dans ces versets deux questions.
Première question – Divergence des savants au sujet de la parole du Très-Haut : « Ne débatez pas avec les Gens du Livre… »
Mujâhid déclare que le verset est muhkam (non abrogé) ; il est donc permis de dialoguer avec les Gens de l’Écriture selon « la meilleure manière », c’est-à-dire en les conviant à Allah, en leur exposant Ses preuves et Ses versets, dans l’espoir qu’ils répondent à la foi, sans rudesse ni dureté.
Selon cette opinion, l’expression : « sauf ceux d’entre eux qui ont été injustes » signifie : ceux qui vous ont lésés, car, en réalité, ils sont tous globalement injustes.
Il fut aussi dit : le sens est : ne polémiquez pas avec ceux des Gens du Livre qui ont cru en Muhammad – tels ‘Abd Allâh ibn Salâm et ceux qui ont embrassé la foi avec lui – sinon d’une manière empreinte de bienveillance, en acquiesçant à ce qu’ils vous relatent des récits de leurs prédécesseurs et autres. Dans cette lecture, « ceux qui ont été injustes » désigne ceux qui demeurèrent dans la mécréance, tels les traîtres de Qurayzah, an-Nadîr et autres ; le verset reste alors également muhkam.
D’autres ont soutenu que ce verset est abrogé par le verset du combat : « Combattez ceux qui ne croient pas en Allah… ». Qatâdah explique : « ceux qui ont été injustes » sont ceux qui ont attribué un enfant à Allah, ont dit : « La main d’Allah est enchaînée », ou encore : « Allah est pauvre ». Ce sont ces polythéistes qui ont déclaré la guerre et refusé de s’acquitter de la jizya ; ils furent alors combattus et vaincus.
An-Naḥḥâs et d’autres rétorquent que l’argument de l’abrogation s’appuie sur le fait que le verset est mecquois, révélé à une époque où le combat, la jizya, et similaires n’étaient pas encore prescrits. L’avis de Mujâhid est cependant jugé plus juste, car les prescriptions d’Allah – Exalté soit-Il – ne peuvent être tenues pour abrogées qu’en présence d’un texte irréfutable ou d’une preuve rationnelle décisive. C’est l’opinion retenue par Ibn al-‘Arabî.