Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Ces versets constituent une parenthèse voulue par Allah – Exalté soit-Il – à titre de rappel et d’avertissement pour les habitants de La Mecque. Puis le discours revient au récit d’Ibrâhîm – sur lui la paix – et Il dit :

« Quel fut donc la réponse de son peuple lorsqu’il les appela à Allah Très-Haut, sinon qu’ils dirent : « Tuez-le ou brûlez-le » ? »
Ils finirent par s’accorder sur l’idée de le brûler ; alors « Allah le sauva du feu », c’est-à-dire de son atteinte. « En cela – dans le fait qu’Il le délivra de cet immense brasier qui ne le consuma point après qu’il y eut été jeté – il y a certes des signes évidents. »

Pour la lecture la plus répandue, le mot « jawâba » (la réponse) est à l’accusatif, en tant que prédicat de « kâna », tandis que la proposition « an qâlû » (« qu’ils dirent ») occupe la place du sujet de ce verbe. Sâlim al-Aftaṣ et ‘Amr b. Dînâr lisent « jawâbu » au nominatif, faisant de lui le sujet de « kâna », et mettant « inna » dans la position de prédicat, à l’accusatif.

Et Ibrâhîm dit encore :
« Vous n’avez adopté, en dehors d’Allah, que des idoles – par simple affection mutuelle entre vous, ici-bas dans la vie présente. »

Quant aux variantes de lecture :
– Ḥafṣ et Ḥamzah lisent : « mawaddata baynikum » (mawaddata à l’accusatif, liée à baynikum par l’annexion).
– Ibn Kathîr, Abû ‘Amr et Al-Kisâ’î lisent : « mawaddatu baynikum » (mawaddatu au nominatif).
– Al-A‘shâ, d’après Abû Bakr, d’après ‘Âṣim, ainsi qu’Ibn Waththâb et Al-A‘mash lisent : « mawaddatun baynakum » (mawaddatun, indéfinie, au nominatif), et les autres lisent identiquement à Ibn Kathîr.

Pour la lecture d’Ibn Kathîr, trois explications sont proposées. Az-Zajjâj en mentionne deux :

  1. Le mot « mawaddatu » est élevé comme prédicat de « inna », tandis que « mâ » signifie « ce que/ceux que ». Le sens serait : « Ce que vous avez pris en dehors d’Allah comme idoles est affection entre vous. »
  2. On sous-entend un sujet : « et c’est une affection entre vous » ou « telle est l’affection qui vous unit ». Le sens devient : « Vos divinités ou votre communauté constitue l’affection qui vous lie. »

Ibn al-Anbârî précise : s’arrêter à « awthânan » (des idoles) est convenable pour celui qui élève « mawaddata » par l’implicite « telle est l’affection… » ; celui qui en fait le prédicat direct de « inna » ne s’arrête pas. Une troisième explication non citée fait de « mawaddatu » un sujet indépendant, et de « fîl-ḥayâti d-dunyâ » son prédicat : « Quant à l’affection dans la vie d’ici-bas… »

S’agissant de l’annexion « mawaddata baynikum », l’expression « baynakum » est assimilée à un nom (et non un complément circonstanciel). Les grammairiens disent qu’on l’a traité comme un objet direct, à l’instar de l’exemple rapporté par Sîbawayh : « Yâ sâriqa al-laylata ahla-d-dâri ! » – l’ajout n’est pas permis quand « bayna » reste un simple adverbe, pour une raison grammaticale que l’on ne détaillera pas ici.

Celui qui lit « mawaddatun » indéfinie et au nominatif l’explique comme indiqué, en mettant « baynakum » à l’accusatif, valeur de circonstanciel. Celui qui lit « mawaddata » – sans tanwîn – à l’accusatif l’entend comme objet direct du verbe « ittakhadhtum » (« vous avez adopté ») et considère « innamâ » comme une particule unique et non au sens relatif de « ce que ». « Mawaddata » peut également être accusatif de cause, de la même façon qu’on dirait : « Je suis venu à toi par recherche de bien », ou : « J’ai visité untel par amitié pour lui ». Dans ce cas « baynikum » est au génitif. Quant à celui qui lit « mawaddatan baynakum » avec tanwîn et à l’accusatif, il suit l’explication précédente en laissant « baynakum » accusatif, sans annexion.

Ibn al-Anbârî conclut enfin : « Et celui qui lit : ‘mawaddatan baynakum’… » – et il poursuit la discussion sur les différentes possibilités de vocalisation et de syntaxe, chacune éclairant la nuance de sens voulue par la Parole d’Allah.

الْآيَاتُ اعْتِرَاضٌ مِنَ اللَّهِ تَعَالَى تَذْكِيرًا وَتَحْذِيرًا لِأَهْلِ مَكَّةَ. ثُمَّ عَادَ الْخِطَابُ إِلَى قِصَّةِ إِبْرَاهِيمَ فَقَالَ: (فَما كانَ جَوابَ قَوْمِهِ) حِينَ دَعَاهُمْ إِلَى اللَّهِ تَعَالَى (إِلَّا أَنْ قالُوا اقْتُلُوهُ أَوْ حَرِّقُوهُ) ثُمَّ اتَّفَقُوا عَلَى تَحْرِيقِهِ (فَأَنْجاهُ اللَّهُ مِنَ النَّارِ) أَيْ مِنْ إِذَايَتِهَا (إِنَّ فِي ذلِكَ) أَيْ فِي إِنْجَائِهِ مِنَ النَّارِ الْعَظِيمَةِ حَتَّى لَمْ تُحْرِقْهُ بَعْدَ مَا أُلْقِيَ فِيهَا (لَآياتٍ) . وَقِرَاءَةُ الْعَامَّةِ " جَوابَ" بِنَصْبِ الْبَاءِ عَلَى أَنَّهُ خَبَرُ كَانَ وَ " أَنْ قالُوا" فِي مَحَلِّ الرَّفْعِ اسْمُ كَانَ. وَقَرَأَ سالم الأفطس وعمرو ابن دِينَارٍ: " جَوَابُ" بِالرَّفْعِ عَلَى أَنَّهُ اسْمُ " كانَ" وَ " إِنَّ" فِي مَوْضِعِ الْخَبَرِ نَصْبًا. (وَقالَ) إِبْرَاهِيمُ (إِنَّمَا اتَّخَذْتُمْ مِنْ دُونِ اللَّهِ أَوْثاناً مَوَدَّةَ بَيْنِكُمْ فِي الْحَياةِ الدُّنْيا) وَقَرَأَ حَفْصٌ وَحَمْزَةُ: " مَوَدَّةَ بَيْنِكُمْ" . وَابْنُ كَثِيرٍ وَأَبُو عَمْرٍو وَالْكِسَائِيُّ: " مَوَدَّةُ بَيْنِكُمْ" . وَالْأَعْشَى عَنْ أَبِي بَكْرٍ عَنْ عَاصِمٍ وَابْنِ وَثَّابٍ وَالْأَعْمَشِ " مَوَدَّةٌ بَيْنَكُمْ" . الْبَاقُونَ " مَوَدَّةُ بَيْنَكُمْ" فَأَمَّا قِرَاءَةُ ابْنُ كَثِيرٍ فَفِيهَا ثَلَاثَةُ أَوْجُهٍ، ذَكَرَ الزَّجَّاجُ مِنْهَا وَجْهَيْنِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّ الْمَوَدَّةَ ارْتَفَعَتْ عَلَى خَبَرِ إِنَّ وَتَكُونُ " مَا" بِمَعْنَى الَّذِي. وَالتَّقْدِيرُ إِنَّ الَّذِي اتَّخَذْتُمُوهُ مِنْ دُونِ اللَّهِ أَوْثَانًا مَوَدَّةُ بَيْنِكُمْ. وَالْوَجْهُ الْآخَرُ أَنْ يَكُونَ عَلَى إِضْمَارِ مُبْتَدَأٍ أَيْ وَهِيَ مَوَدَّةٌ أَوْ تِلْكَ مَوَدَّةُ بَيْنِكُمْ. وَالْمَعْنَى آلِهَتُكُمْ أَوْ جَمَاعَتُكُمْ مَوَدَّةُ بَيْنِكُمْ. قَالَ ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ: " أَوْثاناً" وَقْفٌ حَسَنٌ لِمَنْ رَفَعَ الْمَوَدَّةَ بِإِضْمَارِ ذَلِكَ مَوَدَّةُ بَيْنِكُمْ، وَمَنْ رَفَعَ الْمَوَدَّةَ عَلَى أَنَّهَا خَبَرُ إِنَّ لَمْ يَقِفْ. وَالْوَجْهُ الثَّالِثُ الَّذِي لَمْ يَذْكُرْهُ أَنْ يَكُونَ " مَوَدَّةُ" رَفْعًا بِالِابْتِدَاءِ وَ " فِي الْحَياةِ الدُّنْيا" خَبَرُهُ، فَأَمَّا إِضَافَةُ " مَوَدَّةَ" إِلَى " بَيْنِكُمْ" فَإِنَّهُ جَعَلَ " بَيْنِكُمْ" اسْمًا غَيْرَ ظَرْفٍ، وَالنَّحْوِيُّونَ يَقُولُونَ جَعَلَهُ مَفْعُولًا عَلَى السَّعَةِ. وَحَكَى سِيبَوَيْهِ: يَا سَارِقَ اللَّيْلَةَ أَهْلَ الدَّارِ. وَلَا يَجُوزُ أَنْ يُضَافَ إِلَيْهِ وَهُوَ ظَرْفٌ، لَعِلَّةٍ لَيْسَ هَذَا مَوْضِعَ ذِكْرِهَا. وَمَنْ رَفَعَ " مَوَدَّةٌ" وَنَوَّنَهَا فَعَلَى مَعْنَى مَا ذُكِرَ، وَ " بَيْنِكُمْ" بِالنَّصْبِ ظَرْفًا. وَمَنْ نَصَبَ " مَوَدَّةَ" وَلَمْ يُنَوِّنْهَا جَعَلَهَا مَفْعُولَةً بِوُقُوعِ الِاتِّخَاذِ عَلَيْهَا وَجَعَلَ " إِنَّمَا" حَرْفًا وَاحِدًا وَلَمْ يَجْعَلْهَا بِمَعْنَى الَّذِي. وَيَجُوزُ نَصْبُ الْمَوَدَّةِ عَلَى أَنَّهُ مَفْعُولٌ مِنْ أَجْلِهِ كَمَا تَقُولُ : جِئْتُكَ ابْتِغَاءَ الْخَيْرِ، وَقَصَدْتُ فُلَانًا مَوَدَّةً لَهُ " بَيْنِكُمْ" بِالْخَفْضِ. وَمَنْ نَوَّنَ " مَوَدَّةً" وَنَصَبَهَا فَعَلَى مَا ذُكِرَ " بَيْنَكُمْ" بِالنَّصْبِ مِنْ غَيْرِ إِضَافَةٍ، قَالَ ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ: وَمَنْ قَرَأَ " مَوَدَّةً بَيْنَكُمْ"

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