— sauf cinquante années –, il ne cessa de les appeler vers Allah – Très-Haut –, et lorsqu’ils persistaient dans la mécréance il pleurait et se lamentait sur leur sort.
Al-Qushayrî, Abû al-Qâsim ‘Abd al-Karîm, rapporte dans son ouvrage « at-Takhbîr » qu’on transmet ceci : le nom de Nûh – paix sur lui – était « Yashkur ». Mais, à force de pleurer sur sa faute, Allah lui révéla : « Ô Nûh, jusqu’à quand vas-tu te lamenter (tanûḥ) ? » ; on l’appela alors Nûḥ.
On demanda : « Ô Messager d’Allah, quelle fut donc sa faute ? » Il répondit : « Il passa devant un chien et, dans son for intérieur, dit : “Que cet animal est laid !” Allah lui révéla : “Crée donc, toi, une créature plus belle que celle-ci !” »
Yazîd ar-Raqâshî dit : « Il ne fut appelé Nûḥ qu’en raison de la longueur du temps durant lequel il se lamenta sur lui-même. »
Si l’on objecte : pourquoi le Coran a-t-il dit : « mille ans moins cinquante » et non : « neuf cent cinquante ans » ? – la réponse est double :
- L’intention est de souligner la grandeur du nombre ; la mention du « millier » est, dans la formule comme dans le chiffre, plus marquante.
- Il est rapporté qu’il lui fut accordé une durée de vie de mille ans ; il fit don de cinquante années à l’un de ses descendants. Puis, lorsque la mort se présenta, il voulut revenir sur ce don afin de parachever le millier. Allah – Exalté soit-Il – évoqua l’affaire afin d’indiquer que la diminution provenait de lui-même.
« Alors le Déluge les saisit » : Ibn ‘Abbâs, Sa‘îd ibn Jubayr et Qatâdah disent : « il s’agit de la pluie ». Ad-Dahhâk : « le noyade ». D’autres ont dit : « la mort », ainsi qu’il est rapporté par ‘Â’ishah – qu’Allah l’agrée – d’après le Prophète ﷺ.
Le poète l’a exprimé en ces termes :
« Un déluge, torrent de mort, les anéantit. »
An-Nahhâs précise : tout fléau ample et englobant – qu’il s’agisse d’une pluie, d’un massacre ou d’une mortalité – est appelé « ṭûfân ».
« … tandis qu’ils étaient injustes » est une proposition circonstancielle. « Mille ans » est à l’accusatif comme complément de temps, et « sauf cinquante années » est, selon la grammaire, un terme d’exception. Pour Sîbawayh, il a le statut de complément d’objet car l’énoncé peut s’en passer, à l’instar du maf‘ûl ; pour al-Mubarrid, c’est un véritable complément d’objet – comme si tu disais : « j’ai excepté Untel ».
Note : Ḥassân ibn Ghâlib ibn Najîḥ, Abû al-Qâsim al-Miṣrî, rapporte de Mâlik ibn Anas, d’après az-Zuhrî, d’après Ibn al-Musayyab, d’après Ubayy ibn Ka‘b que le Messager d’Allah ﷺ a dit :
« Jibrîl me rappelait constamment le mérite de ‘Umar. Je lui dis : “Ô Jibrîl, jusqu’où va le mérite de ‘Umar ?” Il me répondit : “Ô Muḥammad, quand bien même je resterais auprès de toi aussi longtemps que Nûḥ demeura parmi son peuple, je ne saurais t’exposer pleinement le mérite de ‘Umar.” »
Al-Khaṭîb al-Baghdâdî mentionne ce ḥadîth et précise : Ḥassân ibn Ghâlib est le seul à l’avoir rapporté de Mâlik, et il n’est pas authentiquement établi dans sa chaîne.
Parole d’Allah :
« Nous le sauvâmes, lui et les compagnons de l’Arche » : la conjonction porte sur le pronom.
« Nous en fîmes un signe pour les mondes » : le pronom « -la » renvoie à l’Arche, ou au châtiment, ou au salut – trois opinions sont rapportées.