Le redoublement (tachdîd) a pour but de renforcer le sens, tout comme on a introduit la lettre lâm dans cette forme.
Makki : On a dit que celui qui a opéré ce redoublement s’est fondé sur la langue de ceux qui disent « dhâlika » au singulier ; lorsqu’il a formé le duel, il a maintenu le lâm après la nûn du duel, puis il a assimilé (idghâm) le lâm à la nûn selon la règle qui veut que la seconde consonne soit absorbée par la première. Or, la règle générale est que la première s’assimile toujours à la seconde, sauf empêchement ; dans ce cas, c’est la seconde qui est assimilée à la première. L’empêchement, ici, vient de ce que, si l’on avait assimilé la première à la seconde, la place de la nûn marquant le duel aurait été occupée par un lâm géminé, ce qui aurait altéré la forme duel ; on a donc assimilé la seconde à la première, d’où la nûn redoublée.
Il a encore été dit : lorsque la forme s’est étendue, on a maintenu le lâm avant la nûn puis l’on a assimilé la première à la seconde, conformément aux principes de l’idghâm, d’où la nûn géminée.
On a également avancé que cette gémination sert à la distinguer du nom apparent (ad-dhâhir) dont la nûn tombe lorsqu’il est en annexion, car « dhân » ne s’annexe pas.
On a enfin dit : c’est pour distinguer entre le nom pleinement déclinable (ism mutamakkin) et cette forme ; c’est la même raison qui explique la gémination de la nûn dans « alladhânni » et « hâdhânni ».
Abû ‘Amr a déclaré : Abû ‘Amr a réservé ce mot seul — à l’exclusion de tout autre duel de la même catégorie — à cette prononciation emphatique (tathqîl), en raison du petit nombre de ses lettres.
Quant à celui qui lit « fa-dhânikâ » avec un yâ’ et en allégeant la nûn, son origine est « fa-dhânnika » avec gémination ; il a seulement substitué un yâ’ à la seconde nûn pour éviter le redoublement, comme ils disent « lâ amlâhu » pour « lâ amalluhu », en remplaçant la seconde lâm par une alif. Celui qui lit avec un yâ’ après la nûn géminée s’appuie sur le fait qu’il a allongé la kasra de la nûn, d’où la naissance du yâ’.
Parole du Très-Haut :
« Envoie-le donc avec moi comme soutien (rid’an) »
a--c’est-à-dire comme auxiliaire, dérivé de « ardâ’tuhu », c’est-à-dire : « je l’ai aidé ».
Ar-rid’ désigne l’assistance. Le poète a dit :
« Ne vois-tu pas qu’Asram fut mon appui ;
le meilleur des hommes par le nombre comme par la richesse ».
An-Naḥḥâs : on dit « ardâ’ahu » et « raddâhu », c’est-à-dire « il l’a aidé », en omettant le hamza par allègement ; c’est ainsi qu’a récité Nâfi‘, avec le même sens que la forme comportant le hamza.
Al-Mahdawî précise qu’il est également permis d’expliquer la suppression du hamza par l’expression « ardâ ‘ala-l-mi’a » (il a dépassé la centaine), le sens devenant alors : « Envoie-le avec moi comme un surcroît destiné à confirmer ma véracité ». Cette explication est rapportée de Muslim ibn Jundub.
Il a cité le vers du poète :
« Une lance effilée, dont les nœuds semblent
les noyaux de roseau ; elle a dépassé d’une coudée la longueur de dix empans ».
Al-Mâwardî a également transmis ce vers avec la forme « qad ardâ », tandis qu’al-Ghaznawî et al-Jawharî, dans le Ṣiḥâḥ, l’ont rapporté sous la forme « qad armâ ».
Il a dit : al-qasb est une canne dure ; al-qasb désigne aussi une datte sèche qui s’émiette dans la bouche et possède un noyau dur.