« Ne dirige pas le troupeau vers la droite, car il n’y a guère d’herbe de ce côté-là ; et ne le mène pas non plus vers la gauche, car, bien qu’on y trouve une herbe abondante, il y réside un énorme dragon qui n’épargne pas les troupeaux. »
Moïse conduisit donc les bêtes jusqu’à la bifurcation du chemin. Celles-ci prirent d’elles-mêmes la direction de gauche, et il ne put les en détourner. Il s’assoupit alors, et le dragon sortit. Aussitôt, le bâton se redressa ; ses deux fourchons devinrent de fer et il livra bataille au dragon jusqu’à ce qu’il l’eût terrassé, puis il revint auprès de Moïse – que la paix soit sur lui. À son réveil, Moïse constata que le bâton était ruisselant de sang et que le dragon gisait mort. Il retourna chez Chuʿayb au crépuscule.
Chuʿayb, qui était aveugle, palpa le troupeau ; il remarqua sur les bêtes les marques d’une pâture grasse et, l’interrogeant sur l’affaire, Moïse la lui raconta. Chuʿayb s’en réjouit et dit : « Tout agneau que mettront bas ces bêtes, au cours de la présente année, qui soit “qālib lawn” – c’est-à-dire bicolore – sera pour toi. » Or tous les nouveau-nés, durant cette année-là, furent effectivement bicolores ; Chuʿayb sut alors que Moïse jouissait d’un rang éminent auprès d’Allah.
ʿUyaynah b. Ḥiṣn rapporte que l’Envoyé d’Allah – paix et salut sur lui – a dit : « Moïse s’est loué lui-même contre la satiété de son ventre et la sauvegarde de sa chasteté. » Chuʿayb lui déclara alors : « Tu auras, parmi mes brebis, tout ce qui naîtra “qālib lawn”, exempt de toute bête ʿazūz, feshūsh, kamūsh, ḍabūb ou thaʿūl. »
Al-Harawî explique :
– al-ʿazūz : la brebis dont la traite est pénible, terme dérivé de al-ʿizāz, « terre dure » ;
– al-feshūsh : celle dont le lait jaillit sans qu’on la trait, à cause de l’élargissement du canal du trayon ; de même al-fatūḥ et ath-tharūr.
On dit dans leurs proverbes : « La-afushannaka fash-al-waṭb » (« Je ferai éclater ta colère et ton orgueil comme on fait éclater un outre »).
De là l’expression « fasha l-siqā’ » quand on laisse s’échapper l’air de l’outre, et le ḥadith : « Le Diable souffle entre les deux fesses de l’un de vous jusqu’à ce qu’il s’imagine avoir laissé échapper un vent », c’est-à-dire qu’il y souffle légèrement.
– al-kamūsh : la brebis au pis exigu, dite aussi al-kamīsha, ainsi nommée parce que son pis est contracté ; de là l’expression « un homme au pagne serré ».
– al-kashūd a le même sens que al-kamūsh.
– al-ḍabūb : celle dont l’orifice du trayon est étroit ; « ḍabb » désigne une traite pénible qui exige une forte pression.
– al-thaʿūl : la brebis qui possède un trayon supplémentaire, appelée aussi ath-thaʿl ; « thaʿl » signifie également une dent surnuméraire, cette dent supplémentaire étant le « raʾūl ». On dit d’un homme qu’il est « aṯʿal ». Le terme « thaʿl » peut aussi désigner l’étroitesse de l’orifice d’où sort le lait.
Al-Harawî ajoute : l’expression « qālib lawn » dans le ḥadith signifie que l’agneau naît d’une couleur différente de celle de sa mère.