Ils possédaient un troupeau qui paissait au mont Salʿ (1). Une de nos servantes aperçut qu’une brebis de notre troupeau était à l’agonie ; elle brisa alors une pierre et l’égorgea avec.
Il leur dit : « Ne la consommez pas avant que je n’interroge le Prophète – ou que j’envoie quelqu’un auprès du Prophète ﷺ pour le consulter. » Il interrogea effectivement le Prophète ﷺ – ou lui envoya quelqu’un – et celui-ci lui ordonna d’en manger.
ʿAbd Allâh dit : « Ce qui me plaît dans cette histoire, c’est qu’il s’agissait d’une esclave et qu’elle a procédé elle-même à l’abattage. »
Al-Muhallab dit : Sur le plan juridique, on en déduit qu’il convient de faire confiance au berger et au mandataire au sujet des biens qui leur sont confiés, jusqu’à ce qu’apparaisse une preuve de trahison ou de mensonge ; tel est l’avis de Mâlik et d’un groupe de savants.
Ibn al-Qâsim dit : « Si le berger craint la mort imminente d’une brebis et l’égorge, il n’encourt aucune responsabilité et on l’acquitte lorsqu’il la rapporte ainsi égorgée. »
D’autres ont dit : « Il demeure responsable tant qu’il n’a pas expliqué ce qu’il avance. »
Seizièmement : Ibn al-Qâsim et Ashhab ont divergé à propos du berger qui fait saillir les femelles du bétail sans l’autorisation de leurs propriétaires et que celles-ci périssent. Ibn al-Qâsim estime qu’il n’est pas tenu de dédommager, car la saillie relève de l’entretien et de la croissance du bien. Ashhab, en revanche, le tient pour responsable. L’avis d’Ibn al-Qâsim est plus conforme, à la lumière du hadith de Kaʿb, au fait qu’aucune responsabilité ne lui incombe pour ce qui périt du fait de son ijtihâd, à condition qu’il soit pieux et connu pour son souci du bien. S’il s’agit d’un homme dévoyé et corrompu, le propriétaire peut exiger qu’il rembourse, car on ne peut croire qu’il ait vu l’animal à l’agonie, compte tenu de sa perversité.
Dix-septièmement : Rien n’a été transmis sur la rémunération exacte de Mûsâ عليه السلام. Toutefois, Yahyâ ibn Sallâm rapporte que le vertueux de Madian fixa à Mûsâ toute agnelle qui naîtrait d’une couleur différente de celle de sa mère. Allah révéla alors à Mûsâ de jeter son bâton parmi elles : elles mirent toutes bas des petits de couleur contraire à la leur. D’autres que Yahyâ ont rapporté qu’il lui attribua toute brebis tachetée qui naîtrait, et elles donnèrent toutes naissance à des agneaux tachetés.
Al-Qushayrî rapporte que, lorsque Shuʿayb engagea Mûsâ, il lui dit : « Entre dans telle pièce et prends un bâton parmi ceux qui s’y trouvent. » Mûsâ en sortit un bâton – celui qu’Âdam avait fait sortir du Paradis et qui s’était transmis de prophète en prophète jusqu’à Shuʿayb. Shuʿayb lui ordonna de le remettre et d’en prendre un autre ; il entra de nouveau et ramena toujours le même. Ainsi sept fois de suite : sa main ne saisissait que ce bâton. Shuʿayb comprit alors que Mûsâ jouissait d’un rang particulier.
Le lendemain matin, il lui dit : « Conduis le troupeau jusqu’au carrefour et prends par la droite… »
(1) Salʿ : colline située à Médine.